Le blocus des routes du Golfe et de la mer Rouge, conséquence de la guerre en cours au Moyen-Orient, a placé l’Afrique au centre de la carte commerciale mondiale, les ports et aéroports du continent profitant du conflit.
Le cap de Bonne-Espérance, que le canal de Suez avait rendu largement obsolète comme voie commerciale en 1869, est redevenu le détour maritime le plus important de la planète.
Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz à la navigation commerciale après le déclenchement de la guerre en Iran le 28 février 2026, renforcée par la recrudescence des menaces liées aux Houthis dans le détroit de Bab el-Mandeb et l’isolement simultané de la mer Rouge, les principales compagnies maritimes mondiales de transport de conteneurs, Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd et MSC, ont suspendu le transit par le canal de Suez et dévié leurs flottes en contournant la pointe sud de l’Afrique.
Le détour par le Cap ajoute environ 7 242 kilomètres et 10 à 14 jours aux rotations Asie-Europe, engendrant une surconsommation de carburant d’environ un million de dollars par voyage aller-retour et une demande accrue en services d’avitaillement (fournitures, pièces de rechange et approvisionnements pour l’équipage et le navire), de soutage, d’approvisionnement de l’équipage, de maintenance et autres services logistiques.
En Afrique de l’Est, le Kenya et la Tanzanie ont connu un afflux de navires. Le port de Lamu, mis en service le 20 mai 2021 et caractérisé par ses quais en eau profonde, profite des perturbations au port de Jebel Ali aux Émirats arabes unis, plaque tournante régionale du transbordement de véhicules.
L’Autorité portuaire du Kenya (KPA) a déclaré que cette situation souligne le rôle croissant de Lamu dans le commerce régional, précisant que ses quais en eau profonde et son vaste bassin de manœuvre lui permettent d’accueillir des navires de très grande taille qui ne peuvent accoster facilement au port de Mombasa.
Les ports de Mombasa et de Dar es Salaam ne sont pas en reste et absorbent le trafic des navires transportant des marchandises entre le Golfe et l’Afrique de l’Est, qui transitaient auparavant par le détroit d’Ormuz.
Mombasa devrait accueillir 52 navires dans les 14 prochains jours, contre 40 auparavant, tandis que Dar es Salaam a vu son nombre de navires passer de 27 à 38 en deux semaines.
La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a toutefois constaté que Mombasa et Dar es Salaam ne disposent pas des capacités opérationnelles et de manutention nécessaires pour gérer efficacement un trafic important de grands porte-conteneurs, ce qui limite leur capacité à tirer pleinement profit des perturbations. Au Nigéria, la raffinerie Dangote a commencé à exporter du carburant pour aider les pays africains à faire face à la hausse des coûts et aux pénuries.
Elle a annoncé avoir vendu, depuis le mois dernier, 12 lots totalisant 456 000 tonnes à des pays africains, dont la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Tanzanie, le Ghana et le Togo.
La raffinerie a indiqué avoir reçu des commandes sans précédent d’Afrique et d’ailleurs. Le Kenya et l’Afrique du Sud auraient contacté Dangote à la mi-mars afin de sécuriser leurs approvisionnements en carburant et de se prémunir contre d’éventuelles pénuries.
Le port de Durban, en Afrique du Sud, a également enregistré une forte hausse du trafic maritime. Des porte-conteneurs sont amarrés dans le port du Cap, offrant des scènes qui rappellent l’époque précédant la construction du canal de Suez.
L’Afrique du Sud, qui possède les plus importants gisements de platine connus au monde et d’importantes réserves d’or, tire profit de chaque hausse de la prime de risque géopolitique. La guerre en Iran, concomitante au conflit russo-ukrainien et à l’instabilité à Gaza, a engendré une demande croissante de valeurs refuges, faisant grimper les prix des métaux précieux au moment même où les producteurs sud-africains sont en mesure de les satisfaire.
Les ports sud-africains sont les principaux bénéficiaires de la crise qui ravage leur économie d’importation. Les opérateurs portuaires, les services de soutage, les installations de la chaîne du froid assurant l’approvisionnement et les entreprises de logistique maritime sont les grands gagnants.