A LA UNE Politique SENEGAL

Sénégal : le PASTEF pose ses conditions avant toute entrée dans le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lo

Au Sénégal, la recomposition du paysage institutionnel amorcée cette semaine continue de provoquer des réactions au sein de la majorité présidentielle. Après la nomination d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo au poste de Premier ministre et l’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale, le parti PASTEF-Les Patriotes conditionne désormais sa participation au futur gouvernement à plusieurs engagements politiques et programmatiques jugés prioritaires.

Dans un communiqué publié mardi 26 mai 2026, le Comité exécutif (COMEX) du PASTEF confirme que certains de ses responsables ont été approchés par les services de la Présidence de la République dans le cadre des consultations relatives à la formation du nouveau gouvernement.

Toutefois, le parti dirigé par Ousmane Sonko insiste sur le fait que toute collaboration gouvernementale devra impérativement s’inscrire dans le respect des orientations politiques ayant conduit le mouvement au pouvoir lors de l’élection présidentielle de 2024.

Des exigences politiques et économiques clairement affichées

Dans sa déclaration, le PASTEF affirme rester disposé à accompagner le président de la République « dans le cadre d’une collaboration franche et responsable ». Mais cette participation est assortie de plusieurs conditions considérées comme non négociables par le parti.

Parmi les principaux points évoqués figurent notamment :

  • le respect strict du programme politique porté par le PASTEF depuis 2024 ;
  • la clarification de la gestion de la dette souveraine ;
  • le refus de nouvelles mesures susceptibles d’aggraver le coût de la vie ;
  • la poursuite des renégociations des contrats stratégiques ;
  • le renforcement de la lutte contre la corruption ;
  • le contrôle des fonds jugés opaques ;
  • la gestion des dossiers judiciaires sensibles ;
  • ainsi que les modalités de répartition des portefeuilles ministériels.

Le COMEX précise également que les discussions concernant l’éventuelle participation du parti au gouvernement devront se faire exclusivement avec « le cadre institutionnel habilité du parti » et non à travers des démarches individuelles.

Le communiqué met ainsi en garde les militants ou responsables qui prendraient part à des consultations de manière personnelle, estimant qu’ils « agiront à titre personnel » et ne représenteront pas officiellement le parti.

Ahmadou Al Aminou Lo promet une continuité dans l’action gouvernementale

Cette prise de position intervient moins de vingt-quatre heures après la nomination d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo à la Primature, en remplacement d’Ousmane Sonko.

Ancien ministre d’État chargé du suivi de l’Agenda Sénégal 2050 et ex-cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le nouveau chef du gouvernement a rapidement tenté de rassurer sur l’orientation politique du nouvel exécutif.

Dans sa première déclaration officielle, Ahmadou Al Aminou Lo a affirmé que sa nomination ne constituait « ni un changement de cap ni une rupture politique », mais plutôt « un changement de méthode » destiné à accélérer la mise en œuvre des réformes.

Le Premier ministre a également réaffirmé son engagement à aligner l’ensemble des politiques publiques sur les objectifs de l’Agenda Sénégal 2050, présenté comme la feuille de route stratégique du pouvoir actuel.

Ousmane Sonko prend les commandes de l’Assemblée nationale

Parallèlement à cette transition gouvernementale, Ousmane Sonko a officiellement retrouvé son siège de député avant d’être élu président de l’Assemblée nationale mardi, lors d’une séance plénière largement dominée par la majorité.

Le leader du PASTEF a obtenu 132 voix sur 133 votants, succédant ainsi à Malick Ndiaye, qui a démissionné de ses fonctions.

Dans son discours d’investiture, Ousmane Sonko a promis une Assemblée nationale plus active dans le contrôle de l’action gouvernementale. Il a notamment insisté sur la nécessité pour le Parlement d’exercer pleinement ses prérogatives constitutionnelles, en matière d’évaluation des politiques publiques et de contrôle des institutions.

Cette nouvelle configuration institutionnelle marque une étape importante dans l’organisation du pouvoir au Sénégal, alors que les équilibres entre l’exécutif et le législatif semblent désormais entrer dans une phase de redéfinition.

Prudence AGBALETI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

X