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Éthiopie : Abiy Ahmed en quête d’un nouveau mandat

Près de 50 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce lundi en Éthiopie pour des élections législatives décisives qui devraient redessiner le paysage politique du deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Au terme du scrutin, les députés élus auront la responsabilité de désigner le prochain Premier ministre, un poste actuellement occupé par Abiy Ahmed, candidat à sa propre succession.

Arrivé au pouvoir en 2018 dans un contexte de profondes attentes en matière de réformes politiques et économiques, Abiy Ahmed sollicite un nouveau mandat à la tête du pays. Son parti, le Parti de la Prospérité, apparaît comme le grand favori du scrutin face à une opposition affaiblie par des divisions internes, des rivalités politiques et des tensions liées aux questions identitaires et ethniques.

Les observateurs estiment que cette élection pourrait être l’une des moins disputées depuis l’introduction du multipartisme en Éthiopie en 1991. Plusieurs formations de l’opposition peinent en effet à présenter une alternative crédible au pouvoir en place, tandis que certaines dénoncent un environnement politique peu favorable à une compétition électorale équilibrée.

Lors des précédentes élections législatives organisées en 2021, le Parti de la Prospérité avait largement dominé le scrutin en remportant près de 96 % des sièges au Parlement. Ce résultat avait permis à Abiy Ahmed de consolider son pouvoir, malgré les critiques formulées par plusieurs organisations de défense des droits humains et certains acteurs politiques.

Le vote de cette année intervient toutefois dans un contexte national encore marqué par les conséquences du conflit du Tigré. Entre 2020 et 2022, cette guerre opposant les forces fédérales aux rebelles tigréens a fait des dizaines de milliers de victimes et provoqué une grave crise humanitaire. Bien qu’un accord de paix ait permis de mettre fin aux combats à grande échelle, les tensions persistent dans plusieurs zones de la région.

La situation demeure particulièrement sensible dans le nord du Tigré, où aucune élection n’a été organisée depuis la fin du conflit. Cette absence de scrutin alimente les interrogations sur la représentativité politique de certaines populations et sur le processus de réconciliation nationale engagé par les autorités fédérales.

Afin de garantir la crédibilité du vote, plusieurs missions d’observation ont été déployées sur le terrain. Des observateurs de l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba, ainsi que de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, organisation régionale regroupant plusieurs États d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, suivent le déroulement des opérations électorales.

En revanche, l’Union européenne ne déploiera pas de mission d’observation. Selon une source européenne, les autorités éthiopiennes n’ont pas accepté la proposition formulée par Bruxelles en ce sens, une décision qui suscite des interrogations chez certains observateurs internationaux.

Au-delà du renouvellement du Parlement, ce scrutin constitue un test important pour la stabilité politique du pays. Les autorités espèrent démontrer leur capacité à organiser une élection apaisée et crédible, tandis que l’opposition et la société civile restent attentives aux conditions de déroulement du vote.

Les résultats provisoires sont attendus dans une dizaine de jours. Ils permettront de mesurer l’ampleur du soutien dont bénéficie encore Abiy Ahmed après huit années au pouvoir et dans un contexte où l’Éthiopie continue de faire face à d’importants défis sécuritaires, économiques et sociaux.

Prudence AGBALETI

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