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APSACO 2026 : l’avenir des relations AES-Cédéao au centre des débats

Dix (10) ans après sa création, l’African Peace and Security Annual Conference (APSACO) consacre sa dixième édition aux profondes mutations du paysage sécuritaire africain. Organisée par le think tank marocain Policy Center for the New South (PCNS) à l’Université Mohammed VI Polytechnique de Salé, près de Rabat, la rencontre a ouvert ses travaux autour d’une réflexion sur les évolutions de la paix et de la sécurité sur le continent.

Placée sous le thème « Dix ans après : tendances, évolutions et continuités dans le paysage de la paix et de la sécurité en Afrique », cette édition a été marquée par d’importants échanges sur les relations entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Experts, chercheurs et universitaires ont débattu des nouveaux équilibres sécuritaires en Afrique de l’Ouest, pendant que la menace terroriste persiste et la redéfinition des mécanismes de coopération régionale est au cœur des débats.

Pour Sampala Balima, directrice générale adjointe du Centre national d’études stratégiques du Burkina Faso, la création de l’AES et le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao constituent l’un des événements sécuritaires les plus marquants de la dernière décennie dans la région. Selon elle, cette évolution a profondément transformé l’architecture sécuritaire ouest-africaine en faisant émerger deux blocs distincts aux approches différentes.

Cette lecture n’est toutefois pas partagée par Garba Abdoul Azizou, chercheur associé au CECRI-UCL et ancien conseiller spécial du président nigérien Mohamed Bazoum. Pour lui, l’apparition de l’AES n’a pas modifié la nature des menaces qui pèsent sur les États sahéliens. Il estime que la lutte contre l’insécurité nécessite une coopération élargie associant les pays de l’AES, les États membres de la Cédéao ainsi que ceux du Golfe de Guinée.

Les débats ont également porté sur l’efficacité des dispositifs régionaux face à l’expansion du terrorisme. Sampala Balima a souligné les limites du système de défense collective de la Cédéao, estimant qu’il n’a pas permis d’obtenir les résultats escomptés dans les crises qui ont frappé le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Elle a néanmoins relevé que l’AES s’appuie elle aussi sur un mécanisme de défense collective, créant une situation inédite où deux cadres sécuritaires coexistent dans une même région confrontée à des menaces transfrontalières similaires.

Professeur à l’Académie de défense du Nigéria, Sharkdam Wapmuk a appelé à renforcer l’intégration régionale. Selon lui, les États africains disposent de davantage de capacités lorsqu’ils agissent ensemble et doivent relancer le dialogue pour faire face à des défis sécuritaires devenus transnationaux.

De son côté, Sidi Mohamed Sidi, professeur de droit à l’Université de Nouakchott, a plaidé pour une réflexion sur une nouvelle architecture régionale. Il a décrit l’AES comme l’expression d’un « néo-souverainisme » tout en soulignant que l’évolution des relations entre les États sahéliens et les organisations régionales sera déterminante pour la stabilité future de la région.

La possibilité d’un rapprochement entre l’AES et la Cédéao a également été évoquée. Garba Abdoul Azizou a estimé qu’il était envisageable de consolider l’Alliance sans rompre définitivement avec l’organisation ouest-africaine, évoquant même de possibles « retrouvailles » entre les deux ensembles. Il a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer les États des régimes militaires actuellement au pouvoir dans certains pays membres.

Sampala Balima a, pour sa part, défendu l’idée d’un dialogue permanent entre les deux organisations. Selon elle, ni l’AES ni la Cédéao ne sont appelées à disparaître à court terme, ce qui rend indispensable une coopération centrée sur les besoins des populations confrontées à l’insécurité.

Malgré des analyses parfois divergentes, les intervenants ont partagé un même constat : la menace terroriste dépasse les frontières nationales et exige une réponse collective combinant les dimensions sécuritaire, politique et socio-économique.

Prudence AGBALETI

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