Anicet Ekane, figure de l’opposition camerounaise de gauche, est décédé en détention, cinq semaines après son arrestation, ont annoncé ses avocats et son parti.
Âgé de 74 ans, M. Ekane figurait parmi les dirigeants de la coalition d’opposition qui avait apporté son soutien à Issa Tchiroma Bakary lors de l’élection présidentielle d’octobre.
Tchiroma Bakary revendique la victoire légitime de ce scrutin, officiellement remporté par le président sortant Paul Biya, âgé de 92 ans. Il s’est depuis réfugié en Gambie.
Aucune cause officielle du décès de M. Ekane n’a été communiquée. Son parti accuse les autorités de lui avoir refusé l’accès à ses médicaments, ce que le gouvernement dément.
Selon un porte-parole du Mouvement africain pour une nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), le parti d’Ekane, ce dernier est décédé lundi matin dans un établissement médical militaire, après une dégradation de son état de santé durant le week-end.
« Nous n’avons aucune explication… Son épouse a été convoquée et, à son arrivée, on lui a présenté le corps de son mari », a-t-il déclaré. Il a ajouté que la famille avait ensuite transporté le corps à la morgue.
Le capitaine Cyrille Serge Atonfack, porte-parole du ministère de la Défense, a indiqué que le dirigeant du Manidem était décédé des suites d’une maladie, sans donner plus de précisions.
« Le défunt, qui souffrait de diverses pathologies chroniques, était hospitalisé au Centre médical militaire de la Gendarmerie nationale », a-t-il précisé, ajoutant que l’homme politique avait bénéficié de soins attentifs de la part des médecins depuis son arrestation le 24 octobre.
Les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les circonstances exactes du décès d’Ekane.
Selon les avocats d’Ekane, il était accusé d’hostilité envers l’État, d’incitation à la révolte et d’appels à l’insurrection.
« Il n’a jamais été présenté devant un juge ni inculpé d’aucun délit », a déclaré l’un de ses avocats, Hippolyte Meli, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, qualifiant la détention du chef du parti Manidem d’« illégale ».
Ces dernières semaines, des rumeurs circulaient sur le décès de la figure de l’opposition, et les membres du parti d’Ekane exigeaient de le voir « mort ou vif ».
Sa mort a provoqué une onde de choc dans tout le pays, et ses partisans se sont rassemblés au siège du parti à Douala pour lui rendre hommage. D’autres ont exprimé leur colère en ligne. Manidem affirme que ses locaux sont encerclés par les forces de sécurité.
Ekane avait initialement apporté son soutien à une autre figure marquante de l’opposition, Maurice Kamto, pour l’élection présidentielle. Mais Kamto, qui avait subi une longue détention après avoir contesté l’élection de 2018, a vu sa candidature rejetée d’emblée par l’organe électoral, Elecam, et le Conseil constitutionnel, au motif que son parti avait soutenu plus d’un candidat.
Ekane et d’autres personnalités politiques ont alors créé la coalition Union pour le changement, qui a désigné l’ancien porte-parole du gouvernement, Tchiroma Bakary, comme candidat.
Selon l’ONU, au moins 48 personnes ont été tuées par les forces de sécurité camerounaises lors des manifestations contre la réélection du président Biya.
Parmi ces victimes, plusieurs personnes ont été abattues près du domicile de Tchiroma Bakary, dans la ville de Garoua. Ce dernier a affirmé par la suite que des tireurs embusqués étaient postés dans la maison d’en face et tiraient à bout portant sur la foule. Le gouvernement camerounais a nié toute implication.