L’ancien chef rebelle congolais Roger Lumbala a été condamné lundi en France à 30 ans de prison pour des atrocités commises il y a vingt ans, lors de la deuxième guerre du Congo. Ce verdict a été salué par les organisations de défense des droits humains comme une avancée majeure, mettant fin à une longue période d’impunité au Congo.
Lumbala a été reconnu coupable par la Cour d’assises de Paris de « complicité de crimes contre l’humanité ». Son avocat, qui dispose de dix jours pour faire appel, a qualifié la peine d’excessive.
Âgé de 67 ans, Lumbala dirigeait le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), un mouvement rebelle soutenu par l’Ouganda voisin et accusé d’atrocités contre des civils, notamment les minorités ethniques Nande et Bambuti, dans l’est du Congo en 2002 et 2003.
Selon des rapports de l’ONU, le mouvement s’est rendu coupable de torture, d’exécutions, de viols, de travaux forcés et d’esclavage sexuel à grande échelle.
Témoignages des victimes
David Karamay Kasereka, 41 ans, l’une des victimes ayant témoigné au procès, a déclaré que son père et plusieurs de ses voisins, tous de l’ethnie Nande, avaient été torturés et tués par les hommes de Lumbala.
Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) ciblait spécifiquement le peuple Nande, qu’il soupçonnait de soutenir une milice rivale.
Kasereka a décrit comment l’un de ses voisins avait eu l’oreille coupée et avait été forcé de la manger. Face à son refus, ils lui avaient entaillé l’avant-bras droit avant de l’abattre.
« Je n’étais qu’un adolescent à l’époque », a déclaré Kasereka. « Les conséquences me marquent encore aujourd’hui », a-t-il ajouté, décrivant des crises de larmes fréquentes.
Pisco Sirikivuya Paluku, 50 ans, une autre victime ayant témoigné, a raconté que les rebelles avaient pris d’assaut la maison de son oncle, où il résidait, et l’avaient dépouillé de tous ses biens et de son argent. Ils l’ont ensuite contraint, sous la menace d’une arme et sous les coups, à effectuer des travaux forcés pendant trois semaines, notamment la construction de cabanes, l’abattage du bétail d’autrui et le transport du butin jusqu’à la base des rebelles.
Lumbala a estimé que la cour d’assises de Paris n’avait aucune légitimité pour le juger et était absent pendant la majeure partie des audiences. Il n’était présent que pour le premier jour du procès et pour le prononcé du verdict, manquant ainsi les témoignages des victimes.
Un procès historique
Ce procès a été rendu possible grâce à une loi française reconnaissant la compétence universelle pour les crimes contre l’humanité. L’affaire Lumbala marque une première : c’est la première fois qu’un dirigeant politique ou militaire congolais est condamné pour atrocités de masse par la justice française en vertu du principe de compétence universelle.
Les chefs de groupes armés responsables d’atrocités généralisées pendant la Seconde Guerre du Congo ont rarement eu à rendre des comptes, certains occupant même par la suite de hautes fonctions au sein de l’armée ou de l’administration civile.
Après la guerre, Lumbala a été ministre du Commerce extérieur au sein du gouvernement de transition congolais de 2003 à 2005, puis député. En 2011, le gouvernement congolais a émis un mandat d’arrêt contre lui pour son soutien à la rébellion du M23, le contraignant à fuir en France, où il avait vécu avant la guerre.