Le Parlement camerounais a approuvé samedi à une large majorité un amendement constitutionnel visant à rétablir la fonction de vice-président. Le gouvernement affirme que cette mesure garantira la continuité du pouvoir, tandis que l’opposition y voit un renforcement du pouvoir exécutif.
Lors d’une séance conjointe de l’Assemblée nationale et du Sénat, dominés par le parti au pouvoir, les parlementaires ont voté pour par 200 voix contre 18, avec quatre abstentions, en faveur du texte.
Le projet de loi stipule que le vice-président assumera automatiquement la présidence en cas de décès, de démission ou d’incapacité du président Paul Biya.
Âgé de 93 ans, Paul Biya dirige ce pays d’Afrique centrale, producteur de pétrole et de cacao, depuis 1982 et est le chef d’État en exercice le plus âgé au monde. Toute discussion publique concernant son état de santé est interdite.
Selon ce texte de loi, le vice-président sera nommé et révoqué par le président, et restera en fonction jusqu’à la fin du mandat présidentiel de sept ans. Toutefois, il ne pourra ni initier de modifications constitutionnelles ni se présenter à une élection ultérieure.
Le gouvernement a fait valoir que la réforme vise à préserver la stabilité institutionnelle en cas de vacance soudaine du pouvoir. Le président Paul Biya dispose de 15 jours pour promulguer la loi.
Les critiques, notamment des parlementaires de l’opposition, estiment que l’amendement affaiblit les institutions démocratiques et exacerbe la centralisation.
Joshua Osih, député et président du Front social-démocrate (SPD), principal parti d’opposition, a déclaré que ces modifications représentaient une occasion manquée de renforcer l’unité nationale et la gouvernance démocratique dans un pays déchiré par un conflit civil depuis 2017.
« Ce texte affaiblit la légitimité, renforce la centralisation et ignore un grief historique majeur », a déclaré Osih, plaidant plutôt pour un système où le président et le vice-président sont élus conjointement, conformément aux origines du Cameroun, union de territoires administrés par la Grande-Bretagne et la France.
Le rétablissement de la vice-présidence marque la première grande réforme constitutionnelle du Cameroun depuis 2008, date à laquelle la suppression de la limitation des mandats présidentiels avait déclenché des manifestations à travers le pays, violemment réprimées par les forces de sécurité.
La vice-présidence faisait auparavant partie de la structure de gouvernance du Cameroun, mais avait été abolie en 1972 à la suite d’un référendum constitutionnel.