Le Liberia veut accélérer sa transition vers une économie moins dépendante de l’argent liquide. À Dakar, le gouverneur de la Banque centrale du Liberia, Henry F. Saamoi, a présenté les réformes engagées par Monrovia pour bâtir un écosystème national de paiements numériques capable de relier banques, fintechs et opérateurs de mobile money.
L’annonce a été faite vendredi dernier lors de la 3e édition de la conférence internationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest à Dakar. Les échanges portent cette année sur les « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière ».
Selon Henry F. Saamoi, le marché libérien des paiements mobiles reste dominé par deux principaux opérateurs de mobile money qui fonctionnent encore de manière isolée. Cette situation limite la circulation des données financières et réduit la capacité des autorités à suivre efficacement les transactions numériques.
Pour corriger cette fragmentation, la Banque centrale prépare la mise en place d’un « switch national » de paiements électroniques. Cette plateforme doit permettre l’interconnexion des banques, des fintechs et des opérateurs de mobile money au sein d’un système unique.
Les autorités espèrent ainsi obtenir un accès instantané aux flux de paiement afin d’améliorer le contrôle du secteur financier et la conduite de la politique monétaire.
Le gouverneur libérien a précisé que les premières réformes ont porté sur l’interopérabilité des services financiers et les paiements inclusifs, notamment grâce au développement de solutions de paiement instantané.
Parallèlement à cette modernisation, Monrovia veut renforcer les mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
La Banque centrale collabore désormais avec la police et l’Agence de renseignement financier afin de mieux surveiller les opérations suspectes dans l’univers numérique.
Un protocole d’accord a aussi été signé pour améliorer les procédures de vérification d’identité des clients, connues sous le nom de KYC (« Know Your Customer »). Les autorités souhaitent ainsi renforcer la traçabilité des opérations financières et limiter les risques de fraude.
Henry F. Saamoi a également annoncé le renforcement du système de délivrance des licences aux prestataires de services financiers numériques. Les réformes concernent aussi la protection des consommateurs et l’éducation financière, considérées comme essentielles pour encourager l’adoption des paiements électroniques.
Les autorités libériennes ont enfin instauré un dispositif d’alerte publique chargé de signaler les services financiers illégaux ou non agréés.
« Tout produit non approuvé par la Banque centrale est immédiatement fermé et signalé aux autorités judiciaires », a averti Henry F. Saamoi.
À travers ces réformes, le Liberia veut construire un système financier numérique plus fiable et sécurisé, capable de soutenir l’inclusion financière tout en protégeant la stabilité économique et la souveraineté monétaire du pays.
Prudence AGBALETI