A LA UNE KENYA Société

Les opérateurs de transports publics kenyans mettent fin à leur grève après la baisse des prix du diesel par le gouvernement

Les opérateurs de transports publics kényans ont officiellement mis fin à leur grève nationale après l’annonce par le gouvernement d’une nouvelle baisse du prix du diesel, suite à plusieurs jours de manifestations et à la colère grandissante de la population face à la hausse du coût de la vie.

Cette avancée est intervenue après que le président William Ruto s’est engagé à baisser davantage le prix du carburant lors de réunions avec les représentants du secteur des transports, apaisant ainsi les tensions qui avaient perturbé les services de transport dans les principales villes, dont Nairobi et Mombasa.

Grève déclenchée par la flambée des prix du carburant

La grève avait débuté en début de semaine après que la forte augmentation du prix du diesel a fait grimper les coûts de transport à des niveaux records, provoquant des manifestations parmi les conducteurs de bus et de minibus, communément appelés « matatus ».

Les opérateurs de transport ont fait valoir que la hausse des prix du carburant rendait presque impossible le maintien d’une activité rentable sans augmenter significativement les tarifs pour les usagers déjà confrontés à l’inflation et aux difficultés économiques.

L’Autorité de régulation de l’énergie et du pétrole du Kenya (KEPR) avait précédemment augmenté le prix du diesel de plus de 23 % au cours du cycle de tarification de mai-juin, portant le prix à la pompe à environ 242,92 shillings kényans le litre. Cette hausse était principalement liée aux perturbations de l’approvisionnement mondial causées par le conflit au Moyen-Orient et l’instabilité affectant les marchés de l’énergie.

La flambée des prix du carburant a déclenché des manifestations d’envergure dans plusieurs villes kényanes ; les manifestants ont bloqué des routes, brûlé des pneus et affronté les forces de l’ordre.

Violences lors des manifestations

Les troubles ont dégénéré en violences meurtrières lorsque la police est intervenue pour disperser les manifestants à plusieurs endroits.

Selon les autorités kényanes, au moins quatre personnes ont été tuées et une trentaine d’autres blessées lors des manifestations. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles lors de certains affrontements, les manifestants perturbant les transports et les principaux axes routiers.

Les manifestations ont fortement perturbé la vie quotidienne, notamment à Nairobi, où des milliers d’usagers se sont retrouvés bloqués après l’arrêt des matatus et des bus.

Certaines écoles et entreprises ont temporairement fermé leurs portes en raison des perturbations des transports et des problèmes de sécurité.

Annonce d’une baisse du prix du diesel

À la suite de négociations avec les responsables du secteur des transports, le président Ruto a annoncé que le gouvernement réduirait le prix du diesel de 10 shillings kényans supplémentaires par litre lors du prochain cycle de tarification des carburants de juin-juillet.

Le gouvernement avait déjà instauré une réduction temporaire de 10 shillings en début de semaine lors des négociations, mais les transporteurs ont insisté sur la nécessité de mesures supplémentaires pour mettre fin à la grève.

Dans une allocution télévisée, Ruto a déclaré que les baisses de prix visaient à stabiliser l’économie et à soulager les consommateurs touchés par la flambée des prix mondiaux du pétrole.

Le président a également défendu l’accord d’approvisionnement en carburant conclu entre le Kenya et les pays du Moyen-Orient, affirmant que ce système avait permis d’éviter de graves pénuries malgré les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales liées au conflit iranien.

Les opérateurs de transport suspendent leur mouvement

Après une rencontre avec des représentants du gouvernement, les responsables du secteur des transports ont convenu de suspendre la poursuite de la grève prévue la semaine prochaine.

Le président de la Fédération du secteur des transports publics, Edwin Mukabana, a demandé aux chauffeurs, aux contrôleurs et aux investisseurs du secteur de remettre les véhicules en circulation suite au dernier engagement du gouvernement concernant les prix du carburant.

Cette décision devrait permettre le rétablissement d’un service de transport public normal dans tout le Kenya et soulager les usagers et les entreprises touchés par la paralysie des transports.

Les tensions économiques persistent

Malgré cet accord, les économistes avertissent que le Kenya continue de subir de fortes pressions économiques dues à la volatilité du marché mondial des carburants.

La décision du gouvernement de subventionner le prix du diesel devrait aggraver les difficultés budgétaires, alors même que le service de la dette absorbe déjà une part importante des recettes de l’État. Des journalistes ont indiqué que le Kenya a dépensé au moins 28,1 milliards de shillings kenyans en subventions sur les carburants entre avril et juin.

Les analystes soulignent également que les prix du carburant influent directement sur le coût de l’alimentation, les tarifs des transports et l’inflation au Kenya, où de nombreux ménages peinent déjà à faire face à la hausse du coût de la vie.

Les chefs de l’opposition ont critiqué la gestion de la crise du carburant par le gouvernement, accusant les autorités de ne pas maîtriser les dysfonctionnements du marché et de ne pas protéger les citoyens des difficultés économiques.

Implications régionales

Le Kenya joue un rôle crucial en tant que plaque tournante du transport et de la logistique pour l’Afrique de l’Est, fournissant du carburant et des marchandises aux pays enclavés voisins, notamment l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan du Sud et certaines régions de la République démocratique du Congo.

Toute perturbation prolongée du système de transport ou de la chaîne d’approvisionnement en carburant du Kenya pourrait avoir des répercussions économiques régionales plus importantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

X