Le président français Emmanuel Macron et son homologue rwandais Paul Kagame ont inauguré mardi à Paris un mémorial dédié aux victimes du génocide des Tutsi de 1994.
Installé sur les quais de Seine, ce monument marque une nouvelle étape dans le travail de mémoire engagé entre la France et le Rwanda après plusieurs décennies de tensions autour du rôle joué par Paris durant cette tragédie.
Lors de la cérémonie, Emmanuel Macron a rappelé son discours prononcé à Kigali en 2021, au cours duquel il avait reconnu les responsabilités de la France dans les événements ayant conduit au génocide. Le chef de l’État français a estimé que cette démarche avait permis un rapprochement inédit entre les deux pays.
« Ce monument est un jalon sur un chemin que nous avons ouvert », a déclaré le président français, soulignant que le travail de mémoire devait se poursuivre.
Entre avril et juillet 1994, plus de 800 000 personnes, principalement issues de la communauté tutsi, ont été massacrées au Rwanda par des extrémistes hutu, selon les Nations unies. Le sujet du rôle de la France dans cette période a longtemps empoisonné les relations entre Paris et Kigali, allant jusqu’à provoquer une rupture diplomatique entre 2006 et 2009.
Kagame salue la démarche française
Prenant la parole à son tour, Paul Kagame a salué la décision de la France d’assumer sa part de responsabilité historique. Le président rwandais a félicité Emmanuel Macron pour son « courage » et son « humanité », estimant qu’aucun autre pays impliqué dans cette tragédie n’avait engagé une démarche aussi poussée pour faire émerger la vérité.
Les avancées mémorielles s’appuient notamment sur les conclusions d’une commission d’historiens mandatée par Emmanuel Macron en 2019. Son rapport avait évoqué une « responsabilité accablante » de la France tout en écartant toute complicité dans le génocide.
Un devoir de mémoire toujours d’actualité
La cérémonie a également donné la parole à des rescapés. Jeanne Uwimbabazi a livré un témoignage poignant sur les massacres qui ont coûté la vie à une partie de sa famille. Elle a notamment évoqué le départ des casques bleus présents dans une école où de nombreux Tutsi avaient trouvé refuge, s’interrogeant sur les responsabilités ayant conduit à cet abandon.
Pour les associations de rescapés, l’inauguration du mémorial constitue une reconnaissance importante. Président d’Ibuka France, Marcel Kabanda a salué une avancée attendue depuis plus de trente ans.
Le monument, baptisé « Archive », se veut un symbole durable de transmission de la mémoire. Une nécessité, selon plusieurs participants à la cérémonie, alors que les discours révisionnistes et négationnistes continuent d’exister. En parallèle, la justice française poursuit ses investigations et plusieurs procédures visant d’anciens responsables présumés du génocide restent en cours.
Prudence AGBALETI