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Zimbabwe : le Sénat valide des réformes renforçant le pouvoir présidentiel

Le Sénat du Zimbabwe a approuvé, mercredi 24juin, une série d’amendements constitutionnels controversés susceptibles de prolonger le maintien au pouvoir du président Emmerson Mnangagwa jusqu’en 2030. Le texte, déjà adopté par l’Assemblée nationale, n’attend plus que la signature du chef de l’État pour entrer en vigueur.

Selon la présidente du Sénat, Mabel Chinomona, 75 sénateurs ont voté en faveur des amendements contre seulement quatre opposants. Quelques jours plus tôt, le 18 juin, l’Assemblée nationale avait approuvé le projet de loi par 216 voix contre 42.

Portées par le parti au pouvoir, le Zanu-PF, ces réformes figurent parmi les plus controversées de la vie politique zimbabwéenne. Elles prévoient notamment de faire passer la durée des mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans. Une mesure qui permettrait au second et dernier mandat de Mnangagwa de se prolonger jusqu’en 2030, au-delà de l’échéance actuellement prévue.

Le projet introduit également un changement majeur dans le mode de désignation du chef de l’État. Un des amendements accorde au Parlement le pouvoir de nommer le président, mettant fin à l’élection présidentielle au suffrage universel direct instaurée en 1987.

L’opposition dénonce ce qu’elle qualifie de « coup d’État constitutionnel », estimant que ces modifications visent à consolider davantage le pouvoir du Zanu-PF, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1980. Les critiques soulignent également que ces réformes réduiraient les mécanismes démocratiques de contrôle et de participation populaire.

Plusieurs militants opposés au projet affirment avoir été victimes d’intimidations, d’arrestations et d’agressions attribuées à des agents de l’État ou à des individus agissant en leur nom. Les recours judiciaires engagés pour empêcher l’adoption du texte n’ont pas abouti.

Arrivé au pouvoir en 2017 après la chute de Robert Mugabe lors d’une intervention soutenue par l’armée, Emmerson Mnangagwa a été élu président en 2018 puis réélu en 2023. Âgé de 83 ans, il dirige un pays confronté à de nombreux défis économiques et sociaux.

Le gouvernement défend ces réformes en affirmant qu’elles permettront de renforcer la stabilité politique et d’assurer la continuité des politiques publiques. Lors de l’approbation du projet par le Conseil des ministres en février, les autorités avaient estimé que ces changements favoriseraient la mise en œuvre des programmes de développement à long terme.

De son côté, l’ONG Human Rights Watch a alerté sur la dégradation du climat politique autour de ce processus. Dans un rapport publié en mars, l’organisation a accusé les autorités de recourir à des méthodes de harcèlement, de menaces et de violences contre les opposants aux amendements constitutionnels.

L’adoption définitive de ces réformes pourrait marquer un tournant majeur dans l’évolution politique du Zimbabwe et relancer les débats sur l’avenir de la démocratie et de la gouvernance dans le pays.

Prudence AGBALETI

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