Les combats ont éclaté samedi 15 avril 2023 entre les soldats de l’armée régulière fidèles au général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de fait du pays après le coup d’Etat du 25 octobre 2021 et la milice des Forces de Soutien Rapide (FSR) dirigée par le général Mohamed Hamdan Dagalo, alias Hemedti, numéro deux de la Transition. Au moins 56 civils ont trouvé la mort.
En quelques heures, les FSR ont annoncé avoir pris l’aéroport international de Khartoum, en plein cœur de la capitale, puis le palais présidentiel où siège habituellement le général Burhane, ainsi que le palais réservé aux hôtes de l’État, un aéroport du nord du pays et « d’autres bases dans différentes provinces ».
L’armée dément la prise de l’aéroport mais assure que les FSR s’y sont « infiltrées et ont incendié des avions civils, dont un de la Saudi Airlines ». Elle assure en outre avoir toujours le contrôle du QG de son état-major.
Qui a déclenché les hostilités ?
L’armée accuse les FSR d’avoir déclenché les hostilités : « Les combats » ont commencé quand les FSR ont attaqué des bases de l’armée « à Khartoum et ailleurs au Soudan », a affirmé à l’AFP le porte-parole de l’armée, le général Nabil Abdallah. L’armée, elle, « accomplit son devoir pour protéger la patrie », a-t-il ajouté. Les FSR disent elles avoir été « surprises au matin par l’arrivée d’un important contingent de l’armée qui a assiégé leur camp de Soba », dans le sud de Khartoum, et les a « attaquées avec toutes sortes d’armes lourdes et légères ». Jeudi, l’armée dénonçait déjà un déploiement « dangereux » des paramilitaires à Khartoum et dans d’autres villes sans « la moindre coordination avec le commandement des forces armées ».
Plusieurs semaines de tension
Le conflit entre les généraux Burhane et Daglo, latent depuis des semaines, a désormais pris un ton guerrier : l’armée dénonce un « ennemi » et parle de « milice soutenue par l’étranger » qu’elle accuse de « mensonges » et de « trahison ».
En face, le général Daglo s’en est pris sur la chaîne qatarie Al-Jazeera à son rival. C’est un « criminel » qui a « détruit le pays », a-t-il lancé. Face à lui, ses hommes « ne s’arrêteront pas avant d’avoir pris le contrôle de l’ensemble des bases militaires », a-t-il menacé.
Lors du putsch, Hemedti et Burhane avaient fait front commun pour évincer les civils du pouvoir. Mais au fil du temps, Hemedti – dont de nombreux hommes sont des ex-miliciens formés au combat dans la région du Darfour (ouest) – n’a cessé de dénoncer le coup d’État.
Récemment même, il s’est rangé du côté des civils – donc contre l’armée dans les négociations politiques – bloquant les discussions et donc toute solution de sortie de crise au Soudan.
Appels à l’arrêt des combats
La Ligue arabe a annoncé une réunion d’urgence dimanche sur le Soudan, à la demande du Caire – où elle siège – et de Ryad, deux grands alliés de l’armée soudanaise, aux prises avec les paramilitaires qui veulent désormais la déloger du pouvoir.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé les deux belligérants : le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhane, et le patron des paramilitaires, Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemedti », mais aussi le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour réclamer « un arrêt immédiat de la violence ».