Le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame est arrivé au petit matin du samedi 15 avril 2023 à Cotonou pour une visite de travail visant à resserrer les liens déjà au très beau fixe entre les deux pays. Si les deux parties se félicitent des résultats de leur partenariat dans divers domaines, certaines voix s’élèvent et dénoncent un déséquilibre patent en défaveur du Bénin.
De plus en plus de partenariats
Au menu de cette visite, il y a le renforcement de la coopération bilatérale à travers les échanges commerciaux, la promotion des investissements et les échanges d’expertises. Il y a également les questions liées au tourisme, à la facilitation de la libre circulation des biens et des personnes, au transport aérien entre Kigali et Cotonou, à l’industrie textile et à la lutte contre le terrorisme.
Depuis l’avènement au pouvoir du Président Patrice Talon, les relations entre le Bénin et le Rwanda se sont davantage resserrées. Dans ce sens, les deux pays ont signé, lors de la première session de la Grande commission mixte de coopération entre les deux États, qui s’est tenue les 29 et 30 septembre 2017 à Rubavu (Rwanda), des accords dans les domaines des TIC, du service cadastral, de l’environnement et du développement durable. Ces différents accords ont pour but de permettre aux experts des deux pays de travailler en commun pour le bien-être des deux peuples.
Des partenariats ne profitant qu’à une partie ?
Lors de la conférence de presse conjointe des deux présidents ce samedi 15 avril 2023, la première question d’un journaliste a été de savoir s’il y avait des experts béninois au Rwanda. Une allusion non voilée à la présence massive des experts rwandais au Bénin. La réponse vague de Patrice Talon témoigne de l’embarras du gouvernement de Cotonou quant à la nomination à des postes clé des personnalités venues d’ailleurs, essentiellement du Rwanda. L’on se souviendra que la garde rapprochée du président béninois est composée des éléments des forces spéciales Venues de Kigali. A ces éléments de la garde présidentielle s’ajouteront bientôt d’autres militaires rwandais qui seront envoyés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, comme le souligne le communiqué conjoint rendu public à l’issue du tête-à-tête entre Paul Kagame et Patrice Talon ce samedi 15 avril 2023.
En plus de cela, en février 2023, le président béninois a nommé l’ancien maire de Kigali Pascal Nyamulinda à la tête de l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP). En janvier déjà, Richard Dada, un autre cadre rwandais a été choisi pour diriger l’Agence nationale des transports terrestres (ANATT).

Pascal Nyamulinda, le rwandais à la tête de l’agence béninoise d’identification des personnes
Une rwandophobie de plus en plus accrue au Bénin
La nomination d’un citoyen étranger à ce poste stratégique où de nombreux Béninois s’attendaient à la désignation d’un national béninois suscite une vague de désapprobation et de colère qui frise à bien des égards la xénophobie. La responsabilité du directeur général de l’ANIP étant de veiller sur les données personnelles des Béninois, l’état civil et la liste électorale, les polémistes enragés disent réprouver que leurs cartes nationales d’identité, passeports et autres documents portent la signature d’un étranger.
Il y a cinq ans déjà, une manifestation avait secoué la capitale Cotonou pour dénoncer « la rwandisation du Bénin ». Mais le président Talon semble tenir à ses relations bilatérales avec le Rwanda sans rien faire de palpable pour rétablir l’équilibre dans quelque domaine que ce soit. Quand on pense que c’est le Rwanda qui assure sa sécurité, il y a lieu de se demander s’il le fait de son propre gré. L’avenir nous le dira.
Anicet Karege