Economie RWANDA

Rwanda : des performances économiques au goût amer

Lors de sa récente tournée en Afrique de l’Ouest, le président Paul Kagame a été reçu comme un héros qui a su relever le défi de faire du Rwanda un des pays les plus développés du continent africain. Certes des efforts ont été consentis mais il convient d’ausculter plus attentivement ce miracle rwandais vanté à cor et à cri par les communicants du pouvoir alors que les conditions de vie des nationaux ne s’améliorent guère.

De quoi parle-t-on ? 

Selon la banque mondiale, le développement économique du Rwanda s’explique par la mise en place de conditions plus favorables au développement du secteur privé ; l’élargissement de l’accès aux infrastructures et la promotion de l’économie numérique ; l’amélioration de la productivité et de la commercialisation agricoles ; l’intensification du processus d’agglomération urbaine.

Kigali Convetion Center, l’un des symboles de la modernisation urbaine au Rwanda

Ces efforts auraient porté des fruits spectaculaires qui se traduisent surtout par une forte croissance économique depuis plusieurs années. Ainsi, selon le gouvernement, l’économie rwandaise a enregistré une croissance de 6,8% en 2022. Elle devrait ralentir à 6,2% en 2023 avant de rebondir à 7,5% en 2024 et 2025.

Autre indicateur, si l’on en croit les données officielles, entre 2001 et 2017, l’espérance de vie des Rwandais est passée de 49 à 67 ans. Le pays est proche d’atteindre l’objectif d’éducation primaire universelle. Le taux de pauvreté a baissé de cinq points entre 2011 et 2014, le revenu moyen par habitant a plus que quadruplé, passant de 150 USD en 1994 à 700 USD en 2018. Tout cela, avec un coefficient de Gini (mesure des inégalités) qui demeure stable à 0,44. 

Des résultats qui encouragent les dirigeants rwandais à poursuivre les efforts puisque, selon eux, le Rwanda reste un pays très pauvre, où environ 40% de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté. En 2021, le taux de chômage dans le pays était de 23,5 %, selon l’enquête gouvernementale sur la population active.

Une économie politisée

Si le Rwanda n’est pas parvenu à passer du pays à revenus faibles à pays à revenus intermédiaires en 2020, comme c’était inscrit dans les objectifs de la « Vision 2020 « , c’est que plusieurs obstacles se dressent sur le chemin du développement. Nous voulons insister ici sur la politisation des affaires et de l’économie. Contrairement à ce qui est claironné par les médias et les officiels du gouvernement, il n’est pas facile d’investir au Rwanda car la condition première est d’être affilié au parti au pouvoir. Les opérateurs économiques sont considérés pour ainsi dire comme des gens constituant le volet business du Front Patriotique Rwandais (FPR). Vouloir outrepasser cette règle non-écrite mais connue de tous, vouloir donc exercer librement une quelconque activité économique, est perçu comme un acte de sédition qui est sévèrement sanctionné. Ainsi l’homme d’affaire Assinapol Rwigara qui avait voulu prendre ses distances avec le parti a été tué en 2015 dans un mystérieux accident de circulation et ses biens ont été par la suite confisqués.

Les investisseurs étrangers eux-mêmes ne viennent pas au Rwanda parce qu’ils trouvent le pays attractif mais parce qu’ils entretiennent des relations personnelles avec des personnalités au pouvoir. C’est ainsi que l’américain Warren Buffet indiquait il n’y a pas longtemps qu’il n’investirait pas au Rwanda s’il y avait un président autre que Paul Kagame.

Il en résulte que la conduite de l’activité commerciale ou industrielle est dirigée par des politiciens qui ne se soucient pas de la rentabilité mais plutôt des intérêts du pouvoir. Il s’ensuit que la réussite rwandaise est limitée au bien-être d’un petit groupe de gens qui font de leur satisfaction une affaire de tous alors que la majorité souffre en silence.

Un paradoxe saisissant

L’obsession des autorités rwandaises à faire percevoir le pays à l’étranger comme un modèle économique attrayant leur fait prendre des décisions qui mettent la population dans la souffrance. A titre d’exemple, les paysans sont obligés d’abandonner la polyculture traditionnelle grâce à laquelle ils s’assuraient une autosuffisance alimentaire, pour appliquer une spécialisation culturale qui fait dépendre l’accès aux denrées alimentaires d’un pouvoir d’achat qui leur fait défaut, dans la mesure où leur richesse, qui ne consistait qu’en terres, n’est plus entre leurs mains mais dans celles des coopératives et de l’agro-industrie.

Pour un Rwandais moyen, les conditions de vie se sont détériorées depuis que les autorités ont commencé à vouloir développer le pays à marche forcée. Il y a eu beaucoup de brutalités, de spoliations, de confiscations de biens. Mais le plus dur est qu’il n’y a pas de résultats tangibles. Bien pire, c’était mieux avant. Car aujourd’hui, le chômage bat son plein alors que l’on parle d’une croissance économique à 7,5% depuis plusieurs années. La création des richesses devrait normalement se traduire entre autres par la création des emplois et l’augmentation des salaires, ce qui est loin d’être le cas. Au lieu de cela, les Rwandais assistent à une flambée des prix sans précédent et le pouvoir semble ne rien faire pour remédier à cette situation qui plonge le peuple dans la précarité.

Anicet Karege

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