A LA UNE RWANDA Société

Ndibuka

Cher ami, Jean-Paul Ruberanziza,
Cher camarade, Augustin Udahemuka,
En cette fin de journée du 29 avril 1994,
Obéissant à une autorité immorale,
Vous vous mites à plat ventre,
Attendant votre sort sans espoir.
 
Les coups plurent à foison
Et vos corps désormais sans vie
Furent tirés hors de l’enceinte ébahie.
Sous les draps complices après
Je ne voulus point retenir ces larmes
Qui se mirent à abondamment couler.
 
Quelques jours après la vôtre,
La vie de Jean-Népomuscène Sakindi,
Ce compagnon bien vivant et jovial
Lui fut également ôtée
Dans les mêmes barbares conditions
Selon la loi qui prévalait alors.
 
Comment vous exprimer, braves gens,
Ce sentiment de coupable impuissance
De ne pas avoir su m’opposer à ce mal
Qui emporta aussi hélas Claire Gakwanzi,
L’amie jetée dans une fosse commune
Pour n’en plus revenir ?
 
Vous aviez l’impardonnable tort
De ne pas avoir su choisir vos origines
Afin de vous apparenter à vos bourreaux.
Ainsi le crime dont vous fûtes victimes
Est nommé aujourd’hui avec raison
Génocide contre les tutsi.
 
C’était une époque immensément folle
La mise à mort rimait avec puissance
L’amour avait perdu de valeur.
Il fallait désigner un ennemi public
Pour justifier le crime et les méfaits
Afin de masquer les faiblesses.
 
Nous avons tous perdu une part
De nous-mêmes comme êtres humains
Enfance et jeunesse partirent ensemble
Consumées par cette infamie morbide
Qui nous plongea dans le malheur
De nous complaire dans la condition bestiale.
 
Point de monisme ne saurait être complet
Sans la valeur ajoutée de nos semblables
Qui, au départ de cette aventure vitale,
Prirent part à nos joies et désespoirs
Et qui nous accompagnèrent à leur façon
Dans l’accomplissement de nos êtres.
 
Je ne suis pas celui que j’aurais dû être
Mon enfance a été amputée de l’essentiel
Composé des êtres qui m’étaient chers.
Alexis Mwambali et Edouard Ntiyamira,
Déo Mutuyimana et Emmanuel Rubimbura
Faisaient partie de mon confort.
 
Je me souviens de mon insouciance juvénile
Faite de fous rires et des courses sans objet
Mais je me vois seul, sans Norbert Musabyimana,
Ni Jérémie Musabyimana, ni Léonard Musabyimana
Ni Richard Ntaganda, ni Tharcisse Dukuzumuremyi,
Ni Bertin Nsengimana.
 
A l’évocation des noms que je tiens en estime
De ceux-là qui m’ont éduqué et transmis le savoir
Ma mémoire trépigne et me fait jouer des tours.
Vincent Munyanshongore, Déogratias Merci
Et Augustin Ntidendereza représenteront ce corps
Et transmettront mon sentiment de gratitude.
 
Je m’incline respectueusement devant vous tous
Chassés comme des animaux et obligés de vous cacher
Fûtes tués comme des vermines.
Je m’incline devant toi Pierre Claver Sagahutu et ta famille
Je m’incline devant toi Jean-Claude Mbonyiyeze
Je m’incline et je ne vous oublierai jamais !
 
Anicet Karege

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