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En Italie, la libération d’un chef de police libyen recherchée par la CPI provoque de vives indignations

Des organisations de défense des droits de l’homme ont exprimé leur indignation mercredi après que l’Italie a libéré un chef de guerre libyen pour des raisons techniques alors qu’il avait été arrêté en vertu d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale l’accusant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Le tribunal de La Haye, pour sa part, a émis une réponse plus diplomatique, mais sa colère est apparue évidente. Dans une déclaration sévère mercredi soir, la CPI a rappelé à l’Italie qu’elle était obligée de « coopérer pleinement » avec ses poursuites et a déclaré qu’elle attendait toujours des informations sur ce que Rome avait exactement fait.

Cette réaction est intervenue après que le gouvernement italien a libéré et renvoyé mardi chez lui Ossama Anjiem, également connu sous le nom d’Ossama al-Masri, qui dirige la branche tripolitaine de l’Institution de réforme et de réinsertion, un réseau notoire de centres de détention géré par le groupe spécial soutenu par le gouvernement.

Al-Masri avait été arrêté dimanche à Turin, où il aurait assisté la veille au match de football Juventus-Milan. Le mandat d’arrêt de la CPI, daté de la veille, accusait al-Masri de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis dans la prison de Mitiga en Libye à partir de 2015 et passibles de la prison à vie.

La CPI a déclaré qu’il était accusé de meurtre, de torture, de viol et de violences sexuelles. Le mandat d’arrêt a été transmis samedi aux États membres, dont l’Italie, et le tribunal a également fourni des informations en temps réel indiquant qu’il était entré en Europe.

La CPI a déclaré qu’elle avait alors rappelé à l’Italie de le contacter « sans délai » si elle rencontrait des problèmes pour coopérer avec le mandat.

Mais la cour d’appel de Rome a ordonné la libération d’al-Masri mardi, et il a été renvoyé en Libye à bord d’un avion des services secrets italiens, en raison de ce que la cour d’appel a qualifié d’erreur de procédure dans son arrestation. La décision indique que le ministre de la Justice Carlo Nordio aurait dû être informé à l’avance, puisque le ministère de la Justice gère toutes les relations avec la CPI.

La CPI a déclaré qu’elle n’avait pas été informée au préalable de la décision du tribunal de Rome, comme requis, et « cherche, et n’a pas encore obtenu, une vérification auprès des autorités sur les mesures qui auraient été prises ».

Al-Masri est rentré à Tripoli mardi soir, reçu à l’aéroport de Mitiga par des partisans qui célébraient sa libération, selon les médias locaux. Des images diffusées en ligne montraient des dizaines de jeunes hommes scandant et portant sur leurs épaules ce qui semblait être al-Masri.

« Il s’agit d’un coup dur porté aux victimes, aux survivants et à la justice internationale, et d’une occasion manquée de briser le cycle de l’impunité en Libye », a déclaré Esther Major, directrice adjointe de la recherche pour l’Europe à Amnesty International.

Scandalisée, l’opposition italienne suspecte le gouvernement d’avoir protégé Osama Almasri Najim pour ne pas remettre en cause les accords entre Rome et Tripoli visant à freiner les flux migratoires vers l’Italie. Elle réclame, avant tout, les explications de la présidente du Conseil des ministres devant le Parlement.

L’ONG Mediterranea Saving Humans a réagi en affirmant que son arrestation intervenait « après des années de plaintes et de témoignages de victimes ». Elle regrette que des millions d’euros de l’Union Européenne ont financé, « ces dernières années », un système libyen « atroce et criminel ».

Côté libyen, l’Institution nationale des droits de l’homme (ILDH) considère que le gouvernement italien « fait passer ses propres intérêts politiques avant le droit international », prouvant ainsi « une fois de plus qu’il est mafieux ».

L’Italie entretient des liens étroits avec le gouvernement internationalement reconnu de Tripoli, sur lequel elle compte pour patrouiller ses côtes et empêcher les vagues de migrants de partir. Tout procès d’al-Masri à La Haye pourrait attirer une attention indésirable sur la politique migratoire de l’Italie et sur son soutien aux garde-côtes libyens, qu’elle a financés pour empêcher les migrants de partir.

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