Le Fonds monétaire international a abaissé ses prévisions de croissance pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord cette année, les tensions commerciales et l’incertitude liées aux États-Unis se propageant à la région.
Les économies de la région devraient croître à un rythme de 2,6 % cette année, soit 1,4 point de moins que les prévisions du FMI d’octobre. Ce chiffre fait suite à un taux de croissance plus faible que prévu de 1,9 % l’an dernier. La croissance devrait s’accélérer pour atteindre 3,4 % en 2026.
Ces révisions reflètent une tendance générale à l’échelle mondiale, où la croissance économique devrait ralentir cette année en raison des droits de douane.
Si les répercussions de la montée des tensions commerciales et de l’incertitude qui les accompagne expliquent ce ralentissement, la reprise progressive de la production pétrolière, les effets persistants des conflits et la mise en œuvre plus lente que prévu des réformes y contribuent également.
Le directeur régional du FMI, Jihad Azour, a présenté les perspectives de croissance de la région lors des réunions semestrielles de la semaine dernière. M. Azour avait alors déclaré qu’une plus grande incertitude pourrait éroder la confiance.
« Ces évolutions accentuent l’incertitude sociale régionale existante, notamment les conflits persistants, les foyers d’instabilité politique et la vulnérabilité climatique », a-t-il déclaré. L’exposition aux droits de douane américains devrait être limitée, a-t-il ajouté.
Tendances divergentes pour les exportateurs
Le FMI anticipe des trajectoires divergentes pour les exportateurs de pétrole cette année, les membres de la région du Golfe devant connaître une croissance économique plus forte cette année et l’année prochaine.
Le bloc des six pays devrait connaître une croissance de 3 % cette année et de 4,1 % en 2026, deux baisses par rapport aux prévisions d’octobre du FMI. Le FMI attribue cette baisse à la prolongation des réductions volontaires de l’OPEP+, à leur élimination progressive d’ici la fin de l’année prochaine et à une croissance non pétrolière plus faible.
Les projets d’infrastructures et les efforts de diversification devraient soutenir la croissance non pétrolière, bien que le FMI ait également revu cette prévision à la baisse en raison de modifications des plans d’investissement liées à la baisse des prix du pétrole.
L’économie des Émirats arabes unis devrait croître de 4 % cette année et de 5 % en 2026. L’Arabie saoudite, la plus grande économie de la région, devrait voir son PIB augmenter de 3 % et de 3,7 % en 2025 et 2026, respectivement, soit deux baisses importantes par rapport aux projections du fonds d’octobre.
Les pays exportateurs de pétrole hors Golfe devraient connaître une croissance économique de 1,4 % cette année, en baisse par rapport aux 3,6 % prévus en octobre. Cette baisse reflète la « réduction significative » des projections de production pétrolière du FMI, les sanctions contre l’Iran et une croissance hors pétrole plus faible.
Rebond de la croissance pour les pays importateurs
L’incertitude entourant le commerce accentuera l’impact du conflit sur les pays importateurs de pétrole du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, même si la croissance devrait atteindre 3,4 % cette année.
Les taux de croissance au Liban, au Soudan, en Cisjordanie, à Gaza et au Yémen devraient s’accélérer cette année, « reflétant un impact négatif moindre du conflit sur les niveaux de production par rapport à 2024 », a indiqué le FMI. La croissance devrait rester négative dans certains cas, le FMI n’ayant fourni aucune projection pour le Liban, la Cisjordanie et Gaza.
L’Égypte et la Jordanie, dont les économies ont subi les répercussions du conflit dans la région, devraient voir leur PIB progresser respectivement de 3,8 et 2,6 % cette année. Toutefois, le Fonds a déclaré que la lenteur de la mise en œuvre des réformes et les effets d’entraînement continueront de peser sur la croissance économique.
Risques baissiers
Des risques baissiers majeurs persistent dans la région, notamment l’incertitude liée à la politique économique et aux échanges commerciaux. Le fonds a toutefois souligné que les distorsions commerciales auront un effet indirect plus important que direct.
Parmi ces effets indirects figurent les perturbations des investissements directs étrangers, un ralentissement mondial, le renforcement du dollar et un resserrement de la politique monétaire.
« La hausse des taux d’intérêt et l’appréciation du dollar américain pourraient accroître les besoins de financement public brut, déjà élevés, de plusieurs économies de la région MENA, suscitant des inquiétudes quant à la viabilité de la dette et à la stabilité de leurs systèmes bancaires », a déclaré le fonds.
Cela pourrait entraîner un ralentissement de la croissance à court et moyen terme pour les pays fortement endettés, a-t-il ajouté. Certains pays pourraient toutefois bénéficier de détournements de flux commerciaux.
Par ailleurs, l’escalade des tensions commerciales géopolitiques pourrait également perturber le marché des matières premières, ce qui pourrait créer des pressions externes et budgétaires pour les importateurs comme pour les exportateurs, a indiqué le fonds.
Reuters
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