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L’Algérie gracie l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal après un an d’emprisonnement

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a accordé mercredi une grâce humanitaire à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le libérant après un an d’emprisonnement qui avait suscité une vive indignation.

Le président français Emmanuel Macron a salué cette décision sur X, écrivant : « Boualem Sansal est libre et rentrera bientôt. J’adresse mes plus sincères remerciements au président allemand Steinmeier pour notre fructueuse coopération. Je remercie le président Tebboune pour ce geste d’humanité. »

L’auteur de 76 ans, dont les œuvres critiquent l’islam, le colonialisme et les dirigeants algériens contemporains, était emprisonné depuis son arrestation à l’aéroport d’Alger en novembre 2024, à son retour de France.

Condamné en mars pour atteinte à l’unité nationale et outrage aux institutions publiques, il avait écopé de cinq ans de prison en vertu de la loi antiterroriste algérienne.

Sansal est atteint d’un cancer et son avocat a indiqué que son état de santé se détériorait.

L’affaire Sansal a exacerbé les tensions entre la France et l’Algérie l’année dernière. Des personnalités politiques françaises, dont Emmanuel Macron, ont exhorté les autorités à le libérer. Le Parlement européen a adopté une résolution condamnant son arrestation. Des écrivains et confrères, parmi lesquels Kamel Daoud, Salman Rushdie et PEN International, ont publié des tribunes ouvertes appelant à sa libération.

C’est finalement un appel de l’Allemagne qui a poussé Tebboune à agir. Deux jours après que le président allemand Frank-Walter Steinmeier eut demandé la grâce de Sansal, invoquant son âge et ses problèmes de santé, Tebboune a invoqué des raisons humanitaires et la demande de l’Allemagne pour accorder cette grâce.

Dans un communiqué publié mercredi, le cabinet de Tebboune a déclaré que l’Allemagne prendrait en charge Sansal et lui fournirait des soins médicaux, sans préciser le lieu.

Les démêlés de Sansal avec les autorités algériennes remontent à octobre 2024. Dans une interview accordée au média français de droite Frontières, il a remis en question les frontières actuelles de l’Algérie, arguant que la France les avait redessinées pendant la période coloniale pour y inclure des territoires ayant appartenu au Maroc.

Ces déclarations sont intervenues plusieurs mois après que la France a provoqué la colère de l’Algérie en soutenant le plan du Maroc visant à maintenir sa souveraineté sur le Sahara occidental, territoire disputé. Sansal a été arrêté le mois suivant et fustigé par la suite par le président lors d’un discours devant le Parlement algérien.

L’Algérie a ignoré les appels des responsables politiques français à libérer Sansal. Des commentateurs français ont qualifié son emprisonnement de manœuvre politique contre Paris.

Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a déclaré mercredi que le gouvernement français était soulagé de la libération de Sansal.

« Nous espérons qu’il pourra retrouver ses proches au plus vite et recevoir des soins », a déclaré M. Lecornu devant un auditoire de parlementaires applaudissant à l’Assemblée nationale.

Avant son arrestation, son œuvre était interdite par les autorités algériennes, mais il voyageait régulièrement entre Paris et Alger. Ses livres, écrits en français, sont peu lus en Algérie. En revanche, il jouit d’une grande popularité en France, où ses romans, qui critiquent le rôle de l’islam dans la société, lui ont valu l’estime de l’élite littéraire comme des dirigeants d’extrême droite.

Son roman « 2084 : La Fin du monde » a remporté le Grand Prix du Roman en 2015.

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