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Les États-Unis accusent le Rwanda de violer l’accord de paix alors que les rebelles du M23 s’emparent de la ville d’Uvira

Les États-Unis ont accusé vendredi le Rwanda de violer l’accord de paix négocié par les États-Unis en soutenant une nouvelle offensive rebelle meurtrière dans l’est du Congo. Ils ont averti que l’administration Trump prendrait des mesures contre ceux qui sabotent cet accord.

Ces déclarations de l’ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Mike Waltz, interviennent alors que plus de 400 civils ont été tués depuis l’escalade de l’offensive des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, dans la province du Sud-Kivu, dans l’est du Congo. Selon des responsables régionaux, les forces spéciales rwandaises étaient également présentes dans la ville stratégique d’Uvira.

Waltz a déclaré au Conseil de sécurité de l’ONU que les États-Unis étaient « profondément préoccupés et extrêmement déçus par la reprise des violences » perpétrées par le M23.

« Le Rwanda entraîne la région vers une instabilité et une guerre croissantes », a averti M. Waltz. « Nous utiliserons tous les moyens à notre disposition pour que ceux qui sabotent la paix rendent des comptes. »

Il a exhorté le Rwanda à respecter le droit du Congo à défendre son territoire et à inviter les forces amies du Burundi voisin à combattre aux côtés des forces congolaises. Il a également déclaré que les États-Unis dialoguent avec toutes les parties « pour les inciter à la retenue et éviter une nouvelle escalade ».

Nouvelle offensive du M23

La dernière offensive des rebelles intervient malgré l’accord de paix négocié par les États-Unis et signé la semaine dernière à Washington par les présidents congolais et rwandais.

Cet accord n’inclut pas le groupe rebelle, qui négocie séparément avec le Congo et a accepté un cessez-le-feu que les deux camps s’accusent mutuellement de violer. L’accord oblige toutefois le Rwanda à cesser son soutien aux groupes armés comme le M23 et à œuvrer pour la fin des hostilités.

L’avancée des rebelles a poussé le conflit aux portes du Burundi voisin, qui maintient des troupes dans l’est du Congo depuis des années, faisant craindre une extension régionale du conflit.

Le ministère congolais de la Communication a confirmé vendredi, dans un communiqué, que le M23 s’était emparé de la ville portuaire stratégique d’Uvira, dans l’est du Congo, à l’extrémité nord du lac Tanganyika et face à Bujumbura, la plus grande ville du Burundi.

Uvira était le dernier bastion important du gouvernement congolais au Sud-Kivu après la chute de Bukavu, la capitale provinciale, aux mains des rebelles en février. Sa prise permet à ces derniers de consolider leur influence sur un vaste corridor à travers l’est du pays.

Le M23 a annoncé avoir pris le contrôle d’Uvira mercredi après-midi, à la suite d’une offensive rapide lancée en début de mois. Selon les autorités régionales, on dénombre plus de 400 morts et environ 200 000 déplacés.

Craintes d’escalade

Des civils fuyant l’est du Congo ont également franchi la frontière vers le Burundi. Des tirs d’obus ont été signalés dans la ville de Rugombo, côté burundais, faisant craindre une extension du conflit au territoire burundais.

Plus de 100 groupes armés, dont le M23, se disputent le contrôle de l’est du Congo, riche en minerais et situé près de la frontière rwandaise. Ce conflit a engendré l’une des crises humanitaires les plus importantes au monde, avec plus de 7 millions de personnes déplacées, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Waltz a déclaré que les forces rwandaises ont fourni un soutien logistique et d’entraînement au M23 et combattent aux côtés des rebelles dans l’est du Congo, avec un effectif estimé entre 5 000 et 7 000 hommes début décembre.

Le Congo réclame davantage de pression sur le Rwanda

La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a accusé le Rwanda de bafouer l’accord de paix, qu’elle a décrit comme porteur d’« espoir d’un tournant historique ».

Elle a toutefois averti que « l’ensemble du processus est en jeu » et a exhorté le Conseil de sécurité à imposer des sanctions aux dirigeants militaires et politiques responsables des attaques, à interdire les exportations de minerais du Rwanda et à lui interdire de fournir des troupes aux missions de maintien de la paix de l’ONU.

« Le Rwanda continue de tirer profit, notamment financièrement mais aussi en termes de réputation, de son statut de pays contributeur de troupes aux missions de maintien de la paix », a déclaré Mme Wagner à l’Associated Press.

Le Rwanda est actuellement l’un des plus importants contributeurs de Casques bleus de l’ONU, avec près de 6 000 soldats rwandais.

Wagner a également déclaré que les accords économiques signés avec l’administration Trump dans le cadre de l’accord de paix dépendront de la stabilité. « Nous avons dit à nos partenaires américains que nous ne pouvons envisager aucune voie vers une prospérité économique partagée sans paix », a-t-elle déclaré à l’AP.

L’est du Congo, riche en minéraux critiques, intéresse Trump, Washington cherchant des moyens de contourner la Chine pour se procurer des terres rares, essentielles à la fabrication d’avions de chasse, de téléphones portables et d’autres produits. Wagner a indiqué que le partenariat économique n’en est qu’à ses débuts.

« Tout commencera à se concrétiser et à devenir beaucoup plus tangible une fois les mécanismes de gouvernance conjointe mis en place », a-t-elle déclaré. « Ce que nous voulons, c’est un partenariat gagnant-gagnant… qui va bien au-delà de la simple question des minéraux et de leur transfert », a-t-elle ajouté.

Le Rwanda accuse le Congo de violations du cessez-le-feu

L’ambassadeur du Rwanda auprès des Nations Unies, Martin Ngoga, a accusé le Congo de violer le cessez-le-feu à plusieurs reprises. Il a également accusé le gouvernement congolais de soutenir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), majoritairement hutues, qui « menacent l’existence même du Rwanda et de son peuple ».

« Le Rwanda réaffirme son plein engagement à respecter ses obligations au titre de l’accord », a déclaré M. Ngoga au Conseil de sécurité.

Si le Rwanda nie soutenir le M23, il a reconnu l’an dernier la présence de troupes et de systèmes de missiles dans l’est du Congo, officiellement pour des raisons de sécurité.

Associated Press

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