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Affrontements entre la police tunisienne et des jeunes à Kairouan après la mort d’un homme

Des affrontements ont éclaté pour la deuxième nuit consécutive samedi entre la police et des jeunes à Kairouan, dans le centre de la Tunisie, après la mort d’un homme suite à une course-poursuite avec la police, selon sa famille.

Ces incidents alimentent les craintes des autorités quant à une possible propagation des manifestations à travers le pays.

Alors que la Tunisie s’apprête à commémorer en janvier l’anniversaire de la révolution de 2011, qui a déclenché le Printemps arabe, les tensions s’exacerbent sur fond de manifestations et d’appel à la grève nationale prévu le mois prochain par le puissant syndicat UGTT.

Des milliers de personnes manifestent depuis des semaines à Gabès, dans le sud du pays, pour exiger la fermeture d’une usine chimique pour des raisons environnementales.

Des témoins ont rapporté que les manifestants à Kairouan ont lancé des pierres, des cocktails Molotov et des fusées éclairantes, et ont bloqué des rues en brûlant des pneus, ce qui a contraint la police à disperser la foule à l’aide de gaz lacrymogènes.

La famille a indiqué que l’homme, qui conduisait une moto sans permis, a été poursuivi par la police, battu et conduit à l’hôpital. Il a ensuite pris la fuite et est décédé vendredi des suites d’une blessure à la tête.

Les proches des victimes ont déclaré qu’ils ne resteraient pas silencieux et qu’ils déclencheraient des manifestations importantes si les responsables n’étaient pas tenus de rendre des comptes.

Afin d’apaiser les tensions, le gouverneur de Kairouan a rendu visite à la famille samedi soir et s’est engagé à ouvrir une enquête pour déterminer les circonstances du décès et établir les responsabilités, selon des témoins.

L’opposition se joint aux manifestations contre le président

Parallèlement, des militants et des personnalités de l’opposition, issus de tous les horizons politiques tunisiens, sont descendus dans la rue, faisant preuve d’une rare unité contre le président Kaïs Saïed, exigeant la fin de son pouvoir personnel et le rétablissement de la démocratie.

Cette manifestation faisait suite à trois semaines de protestations et soulignait la mobilisation croissante des organisations de l’opposition et de la société civile contre ce qu’ils qualifient de répression sans précédent des voix critiques par Saïed.

Des centaines de personnes ont défilé dans la capitale en brandissant des portraits de politiciens, de journalistes et de militants emprisonnés, transformant les manifestations en un affrontement hebdomadaire entre Saied et ses opposants.

Les organisations de défense des droits humains affirment que Saïed a érodé les libertés et transformé la Tunisie en une « prison à ciel ouvert » depuis qu’il s’est octroyé des pouvoirs extraordinaires en 2021 et gouverne par décret. Saïed rejette ces accusations, affirmant qu’il purifie le pays des traîtres et d’une élite corrompue.

L’ampleur de la participation samedi, rassemblant des personnes de tous bords politiques, marque un tournant par rapport aux années précédentes, où la fragmentation politique avait entravé la capacité de l’opposition à se mobiliser.

Les organisations de défense des droits humains accusent Saïed d’instrumentaliser le système judiciaire et la police pour étouffer toute critique. Saïed nie être devenu un dictateur ou utiliser le pouvoir judiciaire contre ses opposants.

Vendredi, un tribunal a condamné Abir Moussi, figure de proue de l’opposition, à 12 ans de prison, une décision que les organisations de défense des droits humains considèrent comme une nouvelle étape vers la consolidation du pouvoir personnel de Saïed.

Le mois dernier, la cour d’appel de Tunis a condamné des dizaines de dirigeants de l’opposition, de personnalités du monde des affaires et d’avocats à des peines de prison allant jusqu’à 45 ans, pour complot visant à renverser Saied.

La semaine dernière, la police a arrêté les figures de l’opposition Chaima Issa, Ayachi Hammami et Nejib Chebbi dans le cadre de cette même affaire, provoquant une vague d’indignation de la part des organisations de défense des droits humains, tant au niveau local qu’international.

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