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L’Algérie vote pour déclarer la colonisation française un crime et exige des réparations

Les parlementaires algériens ont voté une loi déclarant la colonisation française de l’Algérie comme un crime, approuvant ainsi une loi qui exige notamment la restitution des biens confisqués par la France durant ses 130 années de domination, parmi d’autres revendications visant à réparer les injustices historiques.

La France a dénoncé cette loi comme un « acte hostile » menaçant les efforts bilatéraux de réconciliation. Les deux pays conservent des liens culturels et économiques étroits, mais leurs relations diplomatiques sont tendues.

Lors d’une cérémonie solennelle et symbolique, 340 des 407 membres de l’Assemblée nationale algérienne ont voté mercredi soir en faveur de la loi. Cette décision intervient quelques semaines seulement après l’adoption d’une résolution collective par les pays africains pour la reconnaissance et la réparation des crimes commis durant la période coloniale.

La loi couvre la période allant du débarquement des troupes du roi Charles X sur les plages de Sidi Ferruch, à l’ouest d’Alger, en 1830, au 5 juillet 1962, date de l’indépendance officielle de l’Algérie.

Le texte prévoit la restitution des archives et des biens algériens transférés en France pendant la période coloniale, ainsi que la transmission à Alger de cartes détaillées des essais nucléaires français menés en Algérie de 1960 à 1966. Il demande également le rapatriement des dépouilles de certains résistants algériens emmenés en France.

La loi prévoit des peines de prison pour tout acte commis par un Algérien célébrant le colonialisme français, pour les attaques contre les symboles de la résistance algérienne et pour des « propos à connotation coloniale ».

Il est peu probable que la France se conforme aux exigences de cette loi.

Selon le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, cette loi constitue « une initiative manifestement hostile ». Il a rappelé les efforts déployés sous la présidence d’Emmanuel Macron pour répondre aux griefs liés à l’époque coloniale et a ajouté : « Nous poursuivons nos efforts en vue de la reprise du dialogue », notamment sur les questions de sécurité et de migration.

En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié certains aspects de l’histoire française en Algérie de crime contre l’humanité, sans toutefois présenter d’excuses officielles. Parallèlement, l’extrême droite française, qui connaît une résurgence, glorifie les colonialistes.

Le coût économique du colonialisme en Afrique est considéré comme exorbitant. L’Algérie a subi certaines des formes les plus brutales de la domination coloniale française.

Près d’un million de colons européens bénéficiaient de privilèges politiques, économiques et sociaux supérieurs, bien que l’Algérie fût juridiquement française et que ses hommes aient été mobilisés pendant la Seconde Guerre mondiale. Des centaines de milliers de personnes ont péri lors de la révolution algérienne, durant laquelle les forces françaises ont torturé des détenus, fait disparaître des suspects et dévasté des villages dans le cadre d’une stratégie de contre-insurrection visant à maintenir leur emprise sur le pouvoir.

D’immenses drapeaux algériens ornaient l’Assemblée nationale lorsque le président Mohamed Boughali a prononcé son discours d’ouverture mercredi.

« Aujourd’hui, 24 décembre 2025, est un jour historique, qui restera gravé en lettres d’or dans l’histoire nationale », a-t-il déclaré, avant d’être interrompu par des députés entonnant un extrait de l’hymne national algérien : « Ô France, l’heure du jugement est arrivée… nous avons juré de faire renaître l’Algérie, soyez témoins ! Soyez témoins ! »

Le président de l’assemblée a qualifié la loi de « message politique et de prise de position morale explicite ».

Des représentants du gouvernement, des professeurs et d’anciens parlementaires ayant soutenu le projet de loi étaient tous invités à la cérémonie. Lorsque le président a proclamé l’adoption de la loi, des cris de « Allahu Akbar ! » et « Tahya Al Djazair ! » (Vive l’Algérie !) ont retenti dans l’hémicycle.

La loi, qui comprend cinq chapitres et 27 articles, stipule qu’il n’existe pas de prescription pour les crimes commis durant la période coloniale.

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