Le président ougandais Yoweri Museveni et ses concurrents ont tenu leurs derniers meetings mardi avant des élections que les autorités superviseront avec un déploiement militaire dans les rues – un déploiement qui inquiète les figures de l’opposition, qui y voient les signes d’une dérive autoritaire qu’elles souhaitent abolir.
La Commission ougandaise des communications a ordonné mardi aux fournisseurs d’accès à Internet mobile de suspendre temporairement leurs services, moins de 48 heures avant le scrutin, invoquant la désinformation, la fraude électorale et l’incitation à la violence. Le rétablissement des services Internet n’interviendra qu’après notification de la commission aux fournisseurs, selon une lettre adressée à ces derniers.
Museveni brigue septième mandat. Son principal adversaire est le chanteur devenu homme politique, plus connu sous le nom de Bobi Wine, de son vrai nom Kyagulanyi Ssentamu.
Six autres candidats briguent la présidence dans ce pays d’Afrique de l’Est qui compte environ 45 millions d’habitants. Les autorités électorales indiquent qu’il y a 21,6 millions d’électeurs inscrits.
Selon l’organisation non gouvernementale International Crisis Group, basée à Bruxelles, « Museveni devrait vraisemblablement conserver le pouvoir lors des prochaines élections ».
Les autorités ougandaises ont commencé samedi à déployer des troupes dans certains quartiers de la capitale, Kampala. Des véhicules blindés se sont déployés dans différents secteurs de la ville et des soldats patrouillent dans les rues.
Le colonel Chris Magezi, porte-parole de l’armée, a déclaré que ce déploiement visait à dissuader toute violence, rejetant les accusations selon lesquelles cette mobilisation serait antidémocratique.
« Il n’y a pas lieu de s’alarmer », a affirmé Magezi. « Toutefois, nous ne prenons pas à la légère les menaces de violence proférées pendant la campagne électorale par certains acteurs politiques et leurs partisans. »
Le président sortant contre son jeune challenger
Museveni et Wine renouent avec leur rivalité des élections de 2021, lorsque Wine avait ébranlé le pouvoir en menant une campagne audacieuse qui avait séduit principalement les jeunes des zones urbaines. Avec un taux de participation de 59 %, Wine avait obtenu 35 % des suffrages contre 58 % pour Museveni, le plus faible score du président depuis sa première campagne électorale il y a trente ans.
Depuis, la popularité du chef de l’opposition n’a cessé de croître. Âgé de 43 ans, Wine semble avoir conservé une grande partie de son électorat dans certaines régions de l’est de l’Ouganda ainsi que dans la zone métropolitaine de Kampala, où il a tenu des rassemblements animés, vêtu d’un gilet pare-balles et d’un casque pour se protéger des tirs.
Museveni a fait campagne sous le slogan « Protéger les acquis », une expression que certains jugent malavisée, car elle évoque les largesses issues d’une corruption endémique. D’autres perçoivent également une certaine connotation coercitive dans ce slogan, suggérant que le pouvoir n’est pas négociable. (…)
Associated Press