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Les Ougandais se rendent aux urnes dans un contexte électoral tendu, perçu comme un test de la force du président Museveni

Les Ougandais votent ce jeudi lors d’élections nationales tendues, après une campagne souvent violente et une coupure d’internet visant à endiguer ce que le gouvernement qualifie de « désinformation ». Le président Yoweri Museveni brigue un cinquième mandat.

Museveni devrait l’emporter face au chanteur populaire Bobi Wine, mais ce scrutin mettra à l’épreuve la force politique du dirigeant de 81 ans et sa capacité à éviter les troubles qui ont secoué la Tanzanie et le Kenya voisins.

Le président-candidat a mené campagne sur le slogan « préserver les acquis », promettant de maintenir la paix et d’élever le pays au rang de nation à revenu intermédiaire, alors même que les spéculations vont bon train quant à sa succession.

Son principal concurrent Bobi Wine, une star de la pop de 43 ans surnommée le « Président du ghetto » en raison de ses origines modestes, a promis de mettre fin à ce qu’il qualifie de « dictature » ​​de Museveni et a lancé un appel aux jeunes, exaspérés par le manque de perspectives économiques dans un pays où l’âge moyen dépasse à peine 16 ans.

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes dans la capitale, Kampala, sous haute surveillance policière. Les autorités ont coupé l’accès à Internet et limité l’accès aux réseaux mobiles dans tout le pays mardi.

Des centaines d’arrestations, au moins un mort

Les forces de sécurité ont ouvert le feu à plusieurs reprises lors des meetings de campagne de Wine, tuant au moins une personne et arrêtant des centaines de ses partisans.

Le gouvernement de Museveni a justifié l’action des forces de sécurité comme une réponse légitime à ce qu’il a qualifié de comportement illégal de la part des partisans de l’opposition.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a déclaré la semaine dernière que les élections se déroulaient dans un contexte de « répression et d’intimidation généralisées ».

Outre Wine, six autres candidats de l’opposition se présentent contre Museveni, le troisième chef d’État africain au règne le plus long. Les électeurs devront également élire plus de 500 députés. Le scrutin doit se terminer à 16h00 locales (13h00 GMT) et les résultats devraient être annoncés dans les 48 heures.

Museveni, partenaire stratégique de l’occident

Museveni est arrivé au pouvoir à la tête d’une rébellion en 1986. Il a modifié la constitution à deux reprises pour supprimer les limites d’âge et de mandat, et sa mainmise sur les institutions ougandaises rend peu probable une surprise électorale, selon les analystes politiques.

En tant que président, il a positionné l’Ouganda comme un partenaire stratégique des nations occidentales, en envoyant des troupes dans des zones de conflit régionales comme la Somalie et en accueillant des millions de réfugiés.

La croissance économique, traditionnellement axée sur l’agriculture et le tourisme, devrait connaître une forte hausse, à deux chiffres, avec le démarrage de la production de pétrole brut des gisements exploités par le français TotalEnergies et le chinois CNOOC, prévu cette année.

Musveni a été critiqué pour des allégations de violations des droits de l’homme et d’élections inéquitables, accusations que son gouvernement a toujours niées.

Les États-Unis ont dénoncé sa dernière victoire électorale en 2021 – où il a battu Wine avec 58 % des voix – la qualifiant d’illégitime et de non équitable. Les forces de sécurité ont tué plus de 50 partisans de l’opposition dans la période précédant ce scrutin.

Il est peu probable que l’administration du président américain Donald Trump formule des critiques similaires cette fois-ci, les diplomates américains ayant reçu pour instruction en juillet de ne pas commenter l’intégrité des élections étrangères.

Succession présidentielle au cœur des intérêts

Il est largement admis que Museveni privilégie son fils, le chef militaire Muhoozi Kainerugaba, comme successeur, bien que le président ait nié l’avoir préparé à cette fonction.

Kainerugaba, très actif sur les réseaux sociaux et auteur de nombreuses menaces de violence contre les leaders de l’opposition, a ouvertement déclaré ses ambitions présidentielles. Cependant, son statut d’héritier présomptif ne fait pas l’unanimité au sein du parti au pouvoir, selon les analystes.

Juliet Zawedde, une jeune électrice de 18 ans votant pour la première fois à Kampala, estime que toute succession doit se faire démocratiquement.

« En Afrique, trop de personnes au gouvernement favorisent leurs proches », déplore-t-elle. « Il faut donner la chance à d’autres. »

Reuters

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