L’Éthiopie a affirmé mercredi que les munitions saisies par sa police avaient été envoyées par l’Érythrée pour armer les rebelles, alors que les relations entre les deux pays de la Corne de l’Afrique continuent de se détériorer.
Dans un communiqué publié sur Facebook mercredi, la police éthiopienne a annoncé la saisie de plus de 56 000 cartouches de munitions dans la région d’Amhara. Selon elle, ces munitions étaient destinées à armer Fano, un groupe armé qui a pris les armes contre le gouvernement fédéral en 2023.
La police a précisé que les munitions étaient transportées par camion et provenaient, selon elle, d’Érythrée. Elles auraient transité par la région du Tigré, au nord du pays, avec l’aide du Front populaire de libération du Tigré (FPLT).
En octobre, l’Éthiopie avait accusé l’Érythrée de tenter de déstabiliser le pays en finançant des groupes armés, notamment en Amhara. L’Érythrée a rejeté ces accusations, les qualifiant de « mascarade ».
Réagissant à ces nouvelles saisies de munitions, le vice-président du FPLT, Amanuel Assefa, a rejeté ces allégations, les jugeant « sans fondement ». Il a déclaré à l’AFP que les autorités fédérales d’Addis-Abeba cherchaient un prétexte pour saper l’accord de Pretoria, qui a mis fin à la guerre.
Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) a gouverné l’Éthiopie pendant des décennies, jusqu’à son renversement par l’administration du Premier ministre Abiy Ahmed lors de son arrivée au pouvoir en 2018. S’en est suivie une guerre civile dévastatrice contre les forces fédérales de 2020 à 2022.
L’Érythrée a obtenu son indépendance de l’Éthiopie en 1993, et les deux pays se sont affrontés lors d’une guerre frontalière de 1998 à 2000.
Abiy Ahmed a d’abord cherché un rapprochement avec l’Érythrée après son entrée en fonction, ce qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2019. Les deux gouvernements ont ensuite coopéré contre les forces tigréennes pendant la guerre de 2020-2022, mais se sont brouillés par la suite au sujet de l’accord de paix, dont l’Érythrée était exclue.
Les relations entre les deux pays se sont à nouveau fortement détériorées ces derniers mois.
Dans une interview accordée à la télévision d’État lundi, le président érythréen Isaias Afwerki a indiqué que le parti au pouvoir en Éthiopie avait « déclaré la guerre ».