Une attaque de drone menée par un groupe paramilitaire notoire a touché samedi un véhicule transportant des familles déplacées dans le centre du Soudan, faisant au moins 24 morts, dont huit enfants, a annoncé un réseau de médecins. Cette attaque survient au lendemain d’une autre attaque contre un convoi humanitaire du Programme alimentaire mondial.
L’attaque de samedi, perpétrée par les Forces de soutien rapide (FSR), a eu lieu près de la ville de Rahad, dans la province du Kordofan-Nord, a indiqué le Réseau des médecins du Soudan, qui suit de près le conflit en cours dans le pays. Le véhicule transportait des personnes déplacées ayant fui les combats dans la région de Dubeiker, a précisé le réseau dans un communiqué. Parmi les enfants décédés figurent deux nourrissons.
Plusieurs autres personnes ont été blessées et transportées à Rahad pour y être soignées. La ville, comme de nombreuses autres zones du Kordofan, souffre d’une grave pénurie de matériel médical, indique le communiqué.
Le réseau de médecins a exhorté la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains à « prendre des mesures immédiates pour protéger les civils et demander des comptes aux responsables des FSR pour ces violations ».
Un convoi humanitaire du PAM attaqué
Une attaque a visé vendredi un convoi humanitaire du PAM dans la province du Kordofan-Nord, faisant un mort et plusieurs blessés, a déclaré Denise Brown, coordinatrice humanitaire des Nations Unies au Soudan.
Selon Mme Brown, le convoi se rendait à Obeid, dans le Kordofan-Nord, pour y acheminer une aide alimentaire vitale aux personnes déplacées, lorsqu’il a été pris pour cible. L’attaque a incendié les camions et détruit l’aide, a-t-elle précisé.
« Les attaques contre les opérations humanitaires compromettent les efforts déployés pour venir en aide aux populations confrontées à la faim et au déplacement », a-t-elle déclaré dans un communiqué.
La semaine dernière, une frappe de drone a touché une zone proche d’un centre du PAM dans la province du Nil Bleu, blessant un employé du PAM, a également indiqué Mme Brown.
L’organisation indépendante Emergency Lawyers, qui documente les atrocités commises au Soudan, a imputé l’attaque aux Forces de soutien rapide (FSR), tandis que le Réseau des médecins du Soudan l’a qualifiée de « violation flagrante du droit international humanitaire et de crime de guerre à part entière ».
Massad Boulos, conseiller américain pour les affaires africaines et arabes, a condamné l’attaque contre le convoi du PAM et a exigé que les responsables rendent des comptes.
« Détruire de la nourriture destinée aux populations dans le besoin et tuer des travailleurs humanitaires est odieux », a-t-il déclaré. « L’administration Trump ne tolère aucunement cette destruction de vies humaines et d’aide financée par les États-Unis ; nous exigeons que les responsables rendent des comptes. »
La ministre britannique du Développement international et de l’Afrique, Jenny Chapman, a qualifié l’attaque contre le convoi du PAM de « honteuse ».
« Les civils meurent de faim », a-t-elle écrit samedi sur le site du PAM. « Les travailleurs humanitaires et les opérations d’acheminement de nourriture vitale ne devraient jamais être pris pour cible. »
Le rapport sur la famine dresse un tableau sombre
Ces derniers mois, le Kordofan est devenu un foyer de tensions dans le conflit, et l’armée est parvenue à briser le siège de deux grandes villes de la région par les Forces de soutien rapide (FSR) en début d’année.
Selon les chiffres de l’ONU, cette guerre dévastatrice a déjà fait plus de 40 000 morts. Cependant, les organisations humanitaires indiquent que ce chiffre est sous-estimé et que le bilan réel pourrait être bien plus lourd.
Elle a engendré la plus grave crise humanitaire au monde, forçant plus de 14 millions de personnes à fuir leurs foyers. Elle a alimenté des épidémies et plongé certaines régions du pays dans une famine qui continue de s’étendre, le conflit ne montrant aucun signe d’apaisement.
Dans un rapport publié jeudi, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) a indiqué que la famine a été constatée dans deux nouvelles zones de la région occidentale du Darfour, où elle avait déjà été confirmée pour la première fois dans un camp de déplacés en août 2024.
Le rapport met en garde contre une aggravation prévue de la malnutrition aiguë en 2026, avec une augmentation de 13,5 % des cas chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes ou allaitantes – passant de 3,7 millions d’enfants et de femmes en 2025 à près de 4,2 millions en 2026.
La malnutrition aiguë sévère, la forme la plus dangereuse et la plus mortelle de malnutrition, devrait atteindre 800 000 cas, soit une hausse de 4 % par rapport à 2025.
Mohamad Abdiladif, directeur de Save the Children au Soudan, a déclaré que des enfants mouraient déjà de faim dans de nombreuses régions du pays.
« Chaque jour, nous entendons des histoires bouleversantes de parents qui vendent leurs derniers biens pour assurer la survie de leurs enfants », a-t-il affirmé.