A LA UNE COTE D'IVOIRE Diplomatie

La France restitue à la Côte d’Ivoire un tambour sacré pillé durant la période coloniale

La France a restitué vendredi à la Côte d’Ivoire un tambour sacré pillé durant la période coloniale, dans le cadre d’un effort mené depuis près de dix ans par le gouvernement français pour restituer des biens culturels aux pays africains.

Il s’agit de la première restitution de ce type effectuée par la France en Côte d’Ivoire, et elle s’inscrit dans une campagne plus large menée par les gouvernements européens et occidentaux pour restituer des objets précieux après des décennies de résistance.

Le Djidji Ayôkwé, un imposant tambour en bois sculpté autrefois utilisé par le peuple Atchan de la région d’Abidjan pour communiquer entre les villages, a été pillé par les autorités coloniales françaises en 1916 et figure parmi au moins 140 objets pillés dont la Côte d’Ivoire a demandé la restitution à la France.

« C’est un jour historique, un moment de justice et de mémoire », a déclaré la ministre ivoirienne de la Culture, Françoise Remarck, lors d’une cérémonie organisée à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny pour recevoir le tambour.

Le tambour en bois, dont le nom signifie « panthère-lion », mesure environ 3,5 mètres de long et pèse environ 430 kilos. Les historiens affirment qu’il a joué un rôle clé en alertant les villages du recrutement de travailleurs forcés organisé par les autorités coloniales.

En 2018, le président français Emmanuel Macron annonçait son intention de restituer des objets culturels aux pays africains, suite à un rapport qu’il avait commandé à des chercheurs universitaires et qui recommandait cette mesure. L’année dernière, le Parlement français a adopté une loi spéciale autorisant le retrait de l’objet ivoirien des collections françaises, dans le cadre de cette initiative plus large.

Le processus de restitution a nécessité des consultations avec les chefs traditionnels atchans, qui se sont rendus à Paris pour accomplir des rituels visant à lever le caractère sacré du tambour afin qu’il puisse être restauré et transporté.

Pour les chefs atchans présents à la cérémonie de vendredi, le retour du tambour revêt une profonde signification symbolique.

« Après un long séjour loin de sa terre natale, notre tambour sacré retourne enfin à son peuple », a déclaré Aboussou Guy Mobio, chef du village d’Adjamé-Bingerville. « C’est comme si la pièce manquante de notre histoire nous était rendue », a-t-il ajouté.

L’objet sera placé pendant un mois dans un lieu sécurisé pour s’adapter progressivement au climat tropical humide d’Abidjan, après une période de sécheresse parisienne, et ainsi éviter l’apparition de fissures dans ce bois centenaire. Il devrait être exposé au public en avril au Musée des Civilisations d’Abidjan, récemment rénové.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

X