Le Mali se dote d’un nouvel outil stratégique pour sécuriser son approvisionnement énergétique. Réuni mercredi, le gouvernement a validé plusieurs textes portant création d’un stock national de sécurité de produits pétroliers.
Cette décision répond à une situation devenue préoccupante, entre difficultés récurrentes d’approvisionnement, flambée des prix à la pompe et recrudescence des attaques contre les convois de citernes.
À travers ce mécanisme, les autorités ambitionnent de mieux amortir les chocs liés aux perturbations logistiques et aux variations du marché international. Le dispositif prévoit la constitution de réserves couvrant jusqu’à 45 jours de consommation pour les principaux produits pétroliers, notamment le super carburant, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane.
Cette orientation intervient dans un contexte de dépendance marquée aux importations. Les chiffres du ministère de l’Économie et des Finances indiquent que les volumes importés ont atteint 2 665 106 m³ en 2024, contre 2 621 513 m³ un an plus tôt, soit une hausse de 1,66 %. La progression est particulièrement notable pour le gaz butane, dont les importations ont bondi de 13 847 à 15 838 tonnes, soit une augmentation de 14,38 %.
Face à cette pression, l’État a déjà dû intervenir massivement pour contenir la hausse des prix. Les subventions mobilisées ces derniers mois ont permis de limiter l’impact sur les consommateurs, même si les tarifs ont été revus à la hausse : le litre de super est désormais fixé à 875 FCFA, contre 775 FCFA auparavant, tandis que le gasoil est passé de 725 FCFA à 940 FCFA.
Par ailleurs, la mesure s’inscrit dans un environnement sécuritaire fragile. Entre fin 2025 et début 2026, l’approvisionnement de Bamako a nécessité l’escorte de convois de grande ampleur, parfois composés de plusieurs centaines de citernes. L’attaque meurtrière du 29 janvier 2026 dans l’ouest du pays a d’ailleurs illustré la vulnérabilité persistante de cette chaîne logistique.
Au-delà de la gestion de crise, les autorités poursuivent un objectif plus large : garantir la continuité des services essentiels, comme l’électricité et le transport, tout en réduisant l’exposition du pays aux aléas extérieurs et aux risques sécuritaires qui pèsent sur la sous-région.
Prudence AGBALETI