Le débat sur l’union de la gauche ivoirienne prend un nouveau tournant. Dans une tribune au ton tranchant, Nadiany Bamba, figure du PPA-CI, affirme sans détour que toute recomposition politique à gauche ne peut se faire sans Laurent Gbagbo.
Sortie du silence médiatique, Nadiany Bamba a décidé de poser les pieds dans le plat. Alors que les états-majors politiques s’agitent autour de l’idée d’un large rassemblement des forces de gauche en vue de l’élection présidentielle, l’ancienne journaliste livre une analyse qui bouscule les théoriciens.
Au cœur de son argumentaire, une remise en cause frontale des catégories politiques importées. Selon Nadiany Bamba, les notions de « gauche » et de « droite » restent largement abstraites pour une grande partie de la population.
Elle décrit une scène politique structurée avant tout autour de figures emblématiques. « Es-tu Gbagbo ou Houphouët ? » : cette question, affirme-t-elle, résume mieux les clivages que n’importe quelle classification idéologique.
Dans cette logique, les appartenances politiques se construisent moins sur des programmes que sur des héritages et des fidélités. Une réalité sociologique qui, selon elle, devrait être pleinement assumée par les acteurs politiques.
Dans sa tribune, Nady Bamba pointe également ce qu’elle considère comme une asymétrie stratégique. Là où les héritiers de Félix Houphouët-Boigny se sont regroupés sous une bannière commune (le RHDP), la gauche, elle, resterait prisonnière de ses divisions et de ses hésitations.
Elle dénonce une forme de retenue, voire de malaise, dans l’affirmation d’une identité politique claire, qui freinerait toute dynamique d’unité.
L’un des points centraux du texte concerne les divisions internes au camp proche de Laurent Gbagbo, exacerbées après la crise post-électorale et son transfèrement à La Haye.
Nadiany Bamba oppose deux lignes : celle de Pascal Affi N’Guessan, favorable à une participation institutionnelle, et celle d’Abdourahmane Sangaré, présenté comme le « gardien du temple » du gbagboïsme.
Pour elle, ces divergences n’ont jamais été véritablement tranchées, ce qui rend toute tentative d’unification fragile.
Gbagbo comme « colonne vertébrale » de la gauche
La militante va plus loin en posant une question clé : quelle est la base idéologique et politique de la gauche ivoirienne ? Sa réponse est sans ambiguïté : elle repose entièrement sur la figure de Laurent Gbagbo.
« Laurent Gbagbo, c’est la gauche ivoirienne. La gauche ivoirienne, c’est Laurent Gbagbo », écrit-elle, dans une formule qui résume sa position.
Elle rejette par ailleurs toute accusation de culte de la personnalité, estimant qu’il s’agit plutôt d’une reconnaissance d’un rôle historique structurant. Refuser cette centralité reviendrait, selon elle, à affaiblir le camp progressiste face à ses adversaires.
En signant sa tribune comme « citoyenne, ex-journaliste et militante de base », Nadiany Bamba adresse un signal direct aux acteurs politiques de son camp.
Toute alliance future, prévient-elle en substance, devra s’articuler autour du leadership assumé de Laurent Gbagbo et de ce qu’elle désigne comme le « gbagboïsme ».
Une prise de position qui relance le débat sur les conditions d’une union de la gauche en Côte d’Ivoire, et qui pourrait peser dans les discussions à venir au sein des états-majors politiques.
Prudence AGBALETI