Le Parlement sud-africain a annoncé lundi la création d’une commission d’enquête chargée de rouvrir l’examen des accusations, vieilles de quatre ans, selon lesquelles le président Cyril Ramaphosa aurait commis une faute grave en dissimulant le vol de plus d’un demi-million de dollars en espèces, cachés dans un canapé de sa résidence privée.
Cette décision fait suite à un arrêt rendu vendredi par la Cour constitutionnelle, qui a déclaré inconstitutionnel un vote parlementaire de 2022 ayant bloqué la procédure de destitution contre M. Ramaphosa dans cette affaire.
À l’époque, le Congrès national africain (ANC) de M. Ramaphosa était majoritaire au Parlement. Ce vote s’était tenu malgré un rapport indépendant mettant en évidence des irrégularités de la part du président, qui aurait omis de signaler le vol à la police et tenté d’étouffer l’enquête visant à récupérer les fonds.
La Cour constitutionnelle a déclaré la semaine dernière que, conformément à la procédure, le rapport indépendant de 2022 aurait dû être transmis à une commission de destitution pour complément d’enquête.
La destitution du président sud-africain requiert l’approbation d’au moins deux tiers des députés du Parlement, composé de 400 membres, selon la Constitution.
La commission multipartite chargée de la destitution doit encore mener son enquête avant toute procédure de vote. Aucun calendrier n’a été précisé à cet égard dans la déclaration du Parlement lundi.
Le parti ANC de Ramaphosa a perdu sa majorité parlementaire lors des élections de 2024 et est désormais le plus important au sein d’une coalition gouvernementale de dix partis. Il pourrait encore échapper à une procédure de destitution si les députés de son parti le soutiennent.
Ce scandale a gravement terni la réputation d’un président arrivé au pouvoir en 2018 sur un programme anticorruption, après une décennie de scandales de corruption au sein du gouvernement sous la présidence de Jacob Zuma.
Les accusations portées contre Ramaphosa ont été initialement formulées par un ancien chef des services de sécurité sud-africains, qui s’est présenté dans un commissariat en 2022 et a accusé le président de blanchiment d’argent et d’autres infractions liées à ces fonds. Il s’est avéré que le détournement de fonds avait eu lieu en 2020 et avait été dissimulé.
Ramaphosa a nié toute malversation et affirmé que l’argent, en dollars américains, provenait de la vente légale de buffles sur son ranch. Cependant, des questions ont été soulevées quant à la provenance des fonds et aux raisons pour lesquelles ils étaient dissimulés dans un canapé.
Le rapport indépendant de 2022 a conclu à un « doute légitime » quant à la provenance de l’argent et a présenté des éléments suggérant que le montant était supérieur aux 580 000 dollars déclarés par Ramaphosa. Le rapport indiquait également que Ramaphosa avait utilisé le chef de son unité de protection présidentielle et d’autres personnes pour tenter, « subrepticement », de retrouver les suspects.
« Le président Ramaphosa maintient que nul n’est au-dessus des lois et que toute allégation doit faire l’objet d’une procédure régulière, sans crainte, favoritisme ni préjugé », a déclaré son cabinet vendredi, suite à la décision de justice qui a relancé le scandale.