À Nairobi, lors du sommet « Africa Forward », le président ivoirien Alassane Ouattara a plaidé pour une transformation profonde du système financier international. Face à des dirigeants africains, des responsables d’institutions financières et des investisseurs, il a estimé que l’architecture économique mondiale ne répond plus aux réalités ni aux ambitions du continent africain.
Selon le chef de l’État ivoirien, le modèle financier hérité de l’après-guerre pénalise lourdement l’Afrique. Il a rappelé que le continent accuse chaque année un déficit de financement évalué à 400 milliards de dollars, malgré son potentiel économique et ses nombreuses opportunités d’investissement.
Dans son intervention, Alassane Ouattara a dénoncé plusieurs déséquilibres qui freinent le développement africain. Il a notamment évoqué le coût élevé de l’endettement. D’après lui, les États africains continuent d’emprunter à des taux largement supérieurs à ceux appliqués aux pays développés, en raison d’une perception des risques qu’il juge injuste et déconnectée des réalités économiques africaines.
Le président ivoirien a, à cet effet, salué la création d’une Agence de notation financière panafricaine. Cette initiative devrait, selon lui, permettre une meilleure évaluation des économies africaines et offrir une lecture plus fidèle des performances macroéconomiques du continent.
Alassane Ouattara a également attiré l’attention sur les inégalités liées au financement climatique. Il a souligné que l’Afrique contribue très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais subit fortement les conséquences du changement climatique. Pourtant, le continent ne bénéficie que d’une faible part des financements climatiques internationaux.
Pour le président ivoirien, une réforme du système financier mondial constitue désormais une urgence pour l’Afrique. Il estime qu’elle doit favoriser une meilleure transparence, réduire les risques attribués aux économies africaines et proposer des mécanismes adaptés aux besoins du continent.
Le chef de l’État ivoirien a aussi insisté sur la nécessité d’orienter davantage les ressources vers des secteurs stratégiques comme l’industrialisation et l’innovation. À ses yeux, la réforme recherchée doit reposer sur trois principes majeurs : l’équité, l’efficacité et la soutenabilité.
Il a expliqué que l’équité passe par une représentation plus importante de l’Afrique dans les instances internationales de gouvernance économique. L’efficacité, quant à elle, suppose des financements rapides, coordonnés et orientés vers des projets structurants. Enfin, la soutenabilité doit permettre de soutenir le développement sans fragiliser davantage les économies africaines face à la dette.
Alassane Ouattara a aussi appelé les banques multilatérales de développement à accélérer leur transformation. Il a plaidé pour une meilleure utilisation de leurs capacités financières, une hausse des prêts accordés aux pays africains et un renforcement des garanties destinées aux investisseurs. Il a également insisté sur l’importance des financements en monnaie locale et des mécanismes de couverture contre les risques de change.
Le président ivoirien s’est par ailleurs félicité de la mise en place de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement de l’Afrique (NAFAD). Il considère cette initiative comme une base solide pour construire un nouveau modèle de financement du développement africain.
Il a salué le rôle joué par Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement, dans le lancement de cette initiative à Abidjan, qui a conduit à l’adoption du « Consensus d’Abidjan ».
Enfin, Alassane Ouattara a appelé les États africains à renforcer la mobilisation des ressources internes et à créer un environnement favorable aux investisseurs. Selon lui, la stabilité macroéconomique, la sécurité juridique et la prévisibilité des règles économiques restent indispensables pour attirer durablement les capitaux.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, l’inflation et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le président ivoirien estime que l’Afrique doit réduire sa dépendance extérieure et consolider sa souveraineté économique et financière.
Prudence AGBALETI