Depuis le 18 mai, Lomé s’impose comme le centre névralgique du commerce africain. La capitale togolaise accueille la troisième édition de Biashara Afrika, un forum économique continental organisé par le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine et le gouvernement togolais.
Pendant trois jours, près de 1 800 participants venus de plusieurs pays africains, (entrepreneurs, investisseurs, responsables publics et institutions financières), échangent autour d’un objectif commun : transformer les ambitions de la ZLECAf en résultats économiques concrets.
Avec plus de 1,4 milliard d’habitants et un produit intérieur brut cumulé estimé à 3 400 milliards de dollars, l’Afrique représente un marché considérable. Pourtant, seulement 15 % des échanges commerciaux du continent s’effectuent entre pays africains.
C’est ce déséquilibre que Biashara Afrika 2026 entend corriger. Le forum, ouvert le 18 mai au Palais des Congrès de Lomé, met l’accent sur les mécanismes capables de stimuler réellement le commerce intra-africain.
Placée sous le thème « Accélérer la transformation économique de l’Afrique grâce à la ZLECAf », cette édition intervient à un moment stratégique pour l’intégration économique du continent.
La ZLECAf a déjà été ratifiée par 50 des 55 États membres de Union africaine. Pour les organisateurs, l’enjeu n’est plus juridique, mais opérationnel : permettre aux entreprises africaines, notamment les PME, de profiter concrètement du marché continental.
Après Johannesburg en 2023 puis Kigali en 2024, c’est au tour du Togo d’abriter le rendez-vous.
Le choix de Lomé reflète la volonté du pays de se positionner comme un hub logistique et commercial majeur en Afrique de l’Ouest. Ces dernières années, le Togo a multiplié les réformes liées au climat des affaires, aux infrastructures et à la facilitation des échanges.
Le pays mise notamment sur son port autonome, sa plateforme logistique et sa stabilité économique pour attirer investisseurs et partenaires internationaux.
Des obstacles persistants au commerce intra-africain
Malgré l’avancée institutionnelle de la ZLECAf, plusieurs défis freinent encore les échanges entre économies africaines.
Parmi les principaux obstacles identifiés figurent : les barrières non tarifaires ; les difficultés d’accès au financement pour les PME ; le déficit d’infrastructures ; les lenteurs administratives ; la fragmentation des chaînes de valeur régionales.
Les discussions de Biashara Afrika 2026 portent ainsi sur des sujets stratégiques comme l’industrialisation, le commerce numérique, les paiements transfrontaliers ou encore la logistique continentale.
Le programme comprend des conférences de haut niveau, des rencontres B2B, des sessions de réseautage ainsi que des espaces d’exposition.
Un « Village du Togo » a également été installé pour promouvoir les produits locaux et valoriser le savoir-faire national auprès des visiteurs étrangers.
Les organisateurs insistent sur un point : Biashara Afrika ne veut pas être un simple forum de discussions.
L’événement repose sur plusieurs plateformes opérationnelles destinées à produire des accords et des partenariats avant même la clôture des travaux le 20 mai.
Parmi elles : une « Deal Room » destinée à faciliter les contrats commerciaux ; un laboratoire consacré à la facilitation des échanges ; un accélérateur de chaînes de valeur régionales.
L’objectif affiché est de connecter directement entreprises, investisseurs et institutions financières autour de projets concrets.
PME, femmes et jeunes au centre des priorités
Une attention particulière est accordée aux petites et moyennes entreprises, aux femmes entrepreneures et aux jeunes porteurs de projets.
Pour le Secrétariat de la ZLECAf, le succès réel du marché unique africain dépendra de la capacité des petits acteurs économiques à commercer plus facilement à travers les frontières africaines.
Les solutions fintech figurent parmi les sujets les plus suivis durant le forum. Les coûts élevés des paiements transfrontaliers restent aujourd’hui un frein majeur pour les microentreprises africaines.
Des protocoles liés au commerce numérique et aux systèmes de paiement régionaux sont ainsi présentés comme des leviers essentiels pour fluidifier les transactions et ouvrir le marché continental à davantage d’acteurs.
Pour plusieurs observateurs, Biashara Afrika 2026 marque une phase importante dans l’évolution de la ZLECAf.
La période des signatures et des ratifications laisse progressivement place à celle de l’exécution concrète. Le défi principal consiste désormais à rendre l’accord pleinement fonctionnel pour les entreprises africaines.
Wamkele Mene le rappelle régulièrement : l’avenir de la ZLECAf dépendra moins des textes adoptés que de leur mise en œuvre effective sur le terrain.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions commerciales et la recomposition des chaînes d’approvisionnement, plusieurs pays africains voient dans l’intégration régionale une réponse stratégique aux vulnérabilités économiques extérieures.
À Lomé, l’ambition est donc claire : faire de Biashara Afrika 2026 un forum d’action capable d’ouvrir de nouveaux débouchés commerciaux aux entreprises africaines et d’accélérer l’intégration économique du continent.
Prudence AGBALETI