Le Sénégal retient son souffle avant une séance plénière décisive prévue ce mardi à l’Assemblée nationale. Au centre des débats : la possible réintégration de Ousmane Sonko dans son mandat de député, une question qui alimente une vive controverse politique et juridique dans le pays.
Dominée par les élus du Pastef, la chambre parlementaire doit examiner la situation de l’ancien Premier ministre, limogé vendredi par le président Bassirou Diomaye Faye. Une éventuelle réintégration qui divise profondément l’opinion publique, l’opposition dénonçant une démarche contraire à la Constitution.
Plusieurs juristes et responsables politiques opposés au pouvoir estiment en effet qu’Ousmane Sonko ne peut légalement retrouver son siège de député. Ils s’appuient notamment sur l’article 54 de la Constitution sénégalaise, qui stipule que la fonction de membre du gouvernement est incompatible avec l’exercice d’un mandat parlementaire ainsi qu’avec toute activité professionnelle rémunérée, publique ou privée.
Pour les détracteurs de l’ancien chef du gouvernement, cette disposition constitutionnelle empêcherait toute reprise automatique du mandat parlementaire après un passage à la Primature.
Les partisans d’Ousmane Sonko défendent toutefois une lecture différente du texte. Selon eux, l’incompatibilité prévue par la Constitution n’annule pas l’élection du député concerné, mais interdit seulement l’exercice simultané des deux fonctions. Ils rappellent également que l’élection de Sonko avait été validée par le Conseil constitutionnel, sans contestation judiciaire aboutie dans les délais légaux.
Cette bataille d’interprétation juridique intervient dans un contexte politique particulièrement tendu depuis l’éviction de Sonko du poste de Premier ministre. Son départ de la Primature continue d’alimenter les spéculations sur une possible reconfiguration du pouvoir au sommet de l’État.
Au-delà de la question de son retour au Parlement, plusieurs observateurs évoquent déjà l’hypothèse d’une accession d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale. Une possibilité renforcée par la démission annoncée dimanche de Malick Ndiaye, considéré comme l’un des proches les plus fidèles du leader du Pastef.
Élu à la tête du Parlement après la victoire écrasante du Pastef aux législatives de novembre 2024, avec 130 sièges sur 165, Malick Ndiaye laisse derrière lui une institution largement acquise à la majorité présidentielle.
Dans ce contexte, la séance plénière de ce mardi pourrait marquer un tournant majeur dans l’équilibre politique sénégalais, entre affrontement institutionnel, débat constitutionnel et repositionnement stratégique des figures clés du pouvoir.
Prudence AGBALETI