Des manifestants hostiles à l’immigration ont défilé mardi dans plusieurs villes d’Afrique du Sud pour marquer l’échéance qu’ils avaient fixée aux migrants sans papiers pour quitter le pays ; certains cortèges ont été émaillés de violences et de pillages.
Des milliers de ressortissants africains avaient déjà fui l’Afrique du Sud avant cette date butoir ; par ailleurs, les commerces ont fermé et les travailleurs étrangers sont restés chez eux, redoutant de nouveaux troubles après des mois de tensions ayant suscité la condamnation de la communauté internationale.
Au moins quatre personnes ont été tuées et des milliers d’étrangers ont été chassés de chez eux, voyant leurs commerces et leurs biens vandalisés.
Le chef du mouvement anti-migrants a annoncé l’organisation de marches hebdomadaires jusqu’à ce que leurs objectifs soient atteints.
« Pour les six prochains mois, nous exigeons que nos ressources nationales servent à expulser les immigrés clandestins du pays. Bâtiment après bâtiment, ils doivent partir », a déclaré Jacinta Ngobese, dirigeante du groupe « March and March », dans la ville portuaire de Durban.
Silindile Xaba, 31 ans, figurait parmi les personnes scandant des slogans anti-migrants lors d’une manifestation organisée dans la ville.
« Les gens ne travaillent pas, les emplois sont pris par des étrangers en situation irrégulière. Ce n’est pas juste », a-t-elle déclaré.
Des responsables politiques ont été accusés de surfer sur la vague de xénophobie pour gagner des voix en vue des élections locales prévues pour le mois de novembre.
Violences contre les migrants
Les migrants ont perçu cette date butoir comme une menace physique ; des violences sporadiques ont été signalées, bien que de nombreux cortèges se soient déroulés dans le calme. La police a indiqué avoir arrêté quelques pillards, sans toutefois fournir davantage de précisions.
À Thembisa, une banlieue située au nord de Johannesburg — principal pôle commercial du pays —, des émeutiers ont jeté des pierres sur les forces de l’ordre et sur des personnes soupçonnées d’être des migrants, tandis que des coups de feu sporadiques retentissaient près du quartier des affaires.
Le quotidien national *Daily Maverick* a rapporté que la police avait déployé des véhicules tactiques et ouvert le feu à Benoni, dans l’est de Johannesburg, après avoir été menacée par un groupe de 500 manifestants.
Dans le township de Soweto, des manifestants ont pillé des habitations précaires appartenant à des ressortissants étrangers, selon le radiodiffuseur public SABC, qui a ajouté que la police avait tiré des balles en caoutchouc pour disperser des cortèges à Pietermaritzburg, près de Durban.
À Durban et à Johannesburg, des propriétaires ont expulsé illégalement des locataires étrangers avant la marche, craignant que leurs immeubles ne soient vandalisés, ont rapporté des témoins ; par ailleurs, une centaine de Congolais dormaient dans les rues de Durban — après avoir été chassés de chez eux, selon leur représentant — d’après un journaliste de Reuters.
Ces marches ont rassemblé des milliers de Sud-Africains, pour la plupart pauvres ou sans emploi, qui imputent leurs difficultés aux ressortissants étrangers.
Des milliers de policiers ont été déployés et l’armée a été placée en état d’alerte, a indiqué un porte-parole militaire.