Les électeurs algériens se rendent aux urnes ce jeudi pour des élections législatives assombries par les préoccupations liées au coût de la vie et par l’exclusion de candidats contestant le gouvernement.
Près de 25 millions d’électeurs, répartis sur le plus vaste territoire d’Afrique, doivent départager 1 235 candidats pour les 407 sièges de la chambre basse du Parlement, dont le mandat est de cinq ans.
Le taux de participation suscite de vives inquiétudes, les électeurs ayant largement boudé les réunions électorales. Le gouvernement a décrété ce jeudi jour férié payé pour encourager la participation.
Plutôt que par les enjeux électoraux, beaucoup semblent davantage préoccupés par les problèmes du quotidien, tels que le pouvoir d’achat et la dégradation des services publics, dans un contexte de recul des libertés politiques, médiatiques et syndicales.
De nombreux Algériens, passionnés de football, ont également le regard tourné vers la Coupe du monde, où leur équipe nationale affrontera la Suisse lors d’un match à élimination directe vendredi.
La majorité sortante favorable au gouvernement détient quelque 300 sièges, tandis que le parti islamiste MSP constitue la deuxième force politique avec 64 sièges.
Certains candidats du MSP figuraient parmi les 269 personnes dont la candidature a été rejetée ; ce groupe comprenait notamment d’anciens dirigeants et militants du Hirak, le mouvement pro-démocratie qui a contribué à évincer en 2019 le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis de longues années. Le gouvernement a restreint davantage les libertés sous la présidence de son successeur, Abdelmadjid Tebboune, réélu pour un second mandat en 2024.
L’autorité électorale a indiqué que les candidats rejetés avaient été écartés en raison de « liens avec des réseaux financiers illicites » et d’« activités politiques suspectes ».
Des mesures de sécurité ont été mises en place mercredi devant les bureaux de vote de la capitale, Alger.
Dans le sud de l’Algérie et les régions du Sahara, le scrutin a été avancé de 48 heures pour permettre aux populations nomades de voter ; les urnes ont été acheminées par des véhicules tout-terrain de l’administration, escortés par la police à bord de Land Rover.
Au sein de la diaspora algérienne, qui compte environ 854 225 électeurs inscrits — notamment en France, pays qui abrite la plus importante communauté à l’étranger —, le vote s’est déroulé samedi et dimanche dans divers bureaux consulaires. La participation a été élevée et l’ambiance « familiale », selon l’agence de presse officielle APS.
Le gouvernement a également avancé les dates des examens scolaires de fin d’année afin de libérer les salles de classe et les enseignants, ces derniers étant généralement sollicités pour tenir les bureaux de vote en échange d’une indemnité journalière.
Face à des lieux de meeting souvent déserts, les partis et les candidats indépendants ont opté pour des rencontres de proximité avec les citoyens dans les rues, sur les marchés et dans les cafés populaires. Dans une vidéo très relayée la semaine dernière, on voit le chef d’un parti politique tenter — sans succès — de convaincre un jeune homme d’aller voter.
Les partis ont tout de même mené campagne. La majorité présidentielle, emmenée par le FLN — parti au pouvoir —, appelle à une forte participation afin de renforcer l’Algérie sur le plan intérieur face aux défis géopolitiques.
Le Parti des travailleurs (d’obédience trotskyste) fait campagne pour une revalorisation des retraites et des salaires, ainsi que contre une réforme du secteur minier jugée favorable aux investisseurs étrangers.
Le dirigeant du Front des forces socialistes (FFS), principale formation du mouvement démocratique, réclame la libération des prisonniers politiques et une plus grande liberté des médias ; il exhorte par ailleurs les électeurs à voter, affirmant que le boycott des élections ne ferait que servir les intérêts du gouvernement.