Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a promulgué une réforme constitutionnelle controversée qui pourrait prolonger son mandat jusqu’en 2030.
La nouvelle loi, adoptée après son approbation par les deux chambres du Parlement, modifie profondément les règles électorales et institutionnelles du pays. Nick Mangwana, porte-parole du gouvernement, a annoncé, mardi 7 juillet, l’entrée en vigueur du texte à travers une publication sur les réseaux sociaux.
« Signé, scellé et promulgué », a-t-il déclaré en présentant la réforme désormais inscrite dans la législation nationale.
Cette modification constitutionnelle prolonge la durée du mandat présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans. Elle permet ainsi à Emmerson Mnangagwa, élu en 2018 puis réélu en 2023, de rester au pouvoir jusqu’en 2030.
Le chef de l’État zimbabwéen devait normalement achever son second mandat en 2028, conformément aux dispositions précédentes. La réforme prévoit également une transformation majeure du système électoral présidentiel avec la suppression du vote direct.
À l’avenir, le président pourrait être choisi par les parlementaires plutôt que directement par les citoyens. Le projet avait été adopté en juin par l’Assemblée nationale puis validé par le Sénat, deux institutions dominées par la ZANU-PF.
Le parti au pouvoir affirme que ces changements permettront d’améliorer la stabilité politique et d’harmoniser les cycles électoraux. Mais l’opposition, des organisations de la société civile et plusieurs juristes dénoncent une réforme destinée à renforcer le contrôle du président.
Les critiques estiment notamment que cette modification affaiblit les mécanismes démocratiques prévus par la Constitution adoptée en 2013. Selon plusieurs observateurs, toute prolongation exceptionnelle du mandat présidentiel aurait dû faire l’objet d’une consultation populaire.
Human Rights Watch a également alerté sur des actes d’intimidation et de violences visant des opposants au projet. L’organisation accuse les autorités zimbabwéennes d’avoir réprimé certaines voix critiques pendant le débat sur la réforme.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2017 après le départ forcé de Robert Mugabe, Mnangagwa dirige le Zimbabwe dans un contexte politique tendu. Cette réforme constitutionnelle relance ainsi les inquiétudes sur l’avenir démocratique du pays et la succession présidentielle.
Elle ouvre également une nouvelle période d’incertitude politique alors que l’opposition réclame le respect des règles électorales antérieures.
Prudence AGBALETI