Le milliardaire Mo Ibrahim a exhorté le président zambien Hakainde Hichilema à protéger l’héritage démocratique du pays. Sa déclaration, publiée jeudi par sa fondation, intervient après des événements postélectoraux jugés préoccupants.
Mo Ibrahim, fondateur de la Fondation Mo Ibrahim, a diffusé sa déclaration depuis Londres. Il dit suivre « avec une profonde préoccupation » l’évolution politique en Zambie après la présidentielle. « Monsieur le Président, votre premier mandat a été marqué par des avancées », a-t-il écrit. Il a demandé à Hichilema de ne pas gâcher ce qu’il a accompli durant ce mandat.
Hakainde Hichilema a été réélu le 18 août 2026 avec environ 61,5 % des suffrages exprimés. Son adversaire, Brian Mundubile, avait obtenu près de 38,5 % des voix lors de ce scrutin. Le décompte des voix avait été temporairement suspendu après des violences signalées dans des bureaux de vote. L’armée avait alors été déployée dans certains quartiers de la capitale, Lusaka.
Mo Ibrahim cite plusieurs développements qu’il juge incompatibles avec les principes démocratiques. Il évoque les arrestations de membres de l’opposition et la suspension du décompte des voix. Il mentionne aussi la mort de l’ancien ministre Mutotwe Kafwaya, tué lors d’une opération sécuritaire. Les autorités zambiennes évoquent un échange de tirs, une version contestée par l’opposition.
Le philanthrope s’inquiète également de la fermeture des juridictions supérieures, dont la Cour constitutionnelle. Cette fermeture est intervenue juste avant l’échéance prévue pour déposer les recours électoraux. La police zambienne a justifié cette mesure par des raisons sécuritaires, sans donner davantage de précisions. Human Rights Watch a dénoncé une entrave à l’accès à la justice pour les citoyens zambiens.
Pour Mo Ibrahim, la démocratie ne se limite pas au jour du scrutin mais aussi à ce qui suit. Il rappelle que la Zambie incarne depuis des décennies un modèle de transition pacifique du pouvoir en Afrique. « Votre propre héritage pourrait être tout aussi solide », a-t-il écrit à l’adresse du président. Il a averti qu’aucun bilan politique n’est acquis et doit être préservé d’un mandat à l’autre.
Prudence AGBALETI