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L’Éthiopie signe un contrat d’engrais de 3 milliards de dollars avec le groupe nigérian Dangote pour stimuler la production locale et réduire les importations

L’Éthiopie a finalisé un accord de 3 milliards de dollars avec l’industriel nigérian Aliko Dangote pour la création d’une importante usine de fabrication d’engrais dans l’État régional de Somali.

Cet accord marque une étape importante vers la réduction de la dépendance du pays aux importations d’engrais et le renforcement des chaînes d’approvisionnement agricoles nationales.

Selon addisinsight.net, le projet, dont le lancement est prévu plus tard cette année à Gode, constitue l’un des plus importants accords industriels conclus par l’Éthiopie avec un investisseur privé étranger. Le Premier ministre Abiy Ahmed a confirmé que l’accord serait officialisé mi-juillet.

« Ce projet permettra à l’Éthiopie de disposer de suffisamment d’engrais pour les trois prochaines années », a déclaré Abiy lors d’une allocution télévisée. « Plus important encore, il nous permettra de répondre à la demande future grâce à la production nationale. »

Remédier à un déficit structurel d’approvisionnement

Cet accord intervient dans un contexte de pression croissante sur le secteur agricole éthiopien. Les pénuries d’engrais ont perturbé les saisons de plantation et mis en évidence les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement extérieures de l’Éthiopie, exacerbées par les retards de transport maritime en mer Rouge et l’instabilité géopolitique générale.

Selon le ministère éthiopien de l’Agriculture, seulement 40 % des engrais nécessaires pour la saison de semis Meher (NDLR : saison des pluies) 2025 étaient arrivés en avril. L’Éthiopie s’approvisionne actuellement en grande partie auprès de fournisseurs marocains et russes, mais des pénuries de devises et des contraintes logistiques ont retardé la distribution à plusieurs reprises.

L’usine proposée fabriquera des engrais à base d’urée et d’azote, ciblant à la fois la demande intérieure et les marchés d’exportation d’Afrique de l’Est, selon des responsables du projet.

Emplacement stratégique et décentralisation industrielle

Le choix de Gode, situé à proximité du corridor logistique Éthiopie-Djibouti, offre un accès simplifié aux ports pour les importations de matières premières et les exportations d’engrais. Il s’inscrit également dans la volonté du gouvernement fédéral d’attirer les investissements industriels dans des régions historiquement mal desservies.

Le gouvernement investit massivement dans les infrastructures, l’énergie et la connectivité routière dans l’est de l’Éthiopie afin de soutenir de nouveaux pôles industriels. Gode a été identifiée comme une zone prioritaire dans le cadre de cette initiative.

Le groupe Dangote étend sa présence en Afrique de l’Est

Cet accord renforce le positionnement stratégique à long terme du groupe Dangote en Afrique de l’Est, où il exploite une cimenterie dans la région d’Oromia en Éthiopie depuis 2015. Le groupe est également actif dans les secteurs de la pétrochimie, de l’énergie et de l’agroalimentaire sur tout le continent.

Le complexe d’engrais de Dangote au Nigeria, d’un montant de 2,5 milliards de dollars, inauguré en 2023, est le plus grand du genre en Afrique, avec une capacité de production annuelle de 3 millions de tonnes. L’usine éthiopienne devrait refléter cette capacité et pourrait se développer davantage en fonction de la demande régionale.

Programme de réformes et confiance des investisseurs

Cette annonce s’inscrit dans le cadre plus large du programme de réforme économique locale II (HGER II) de l’Éthiopie, une initiative gouvernementale visant à libéraliser des secteurs clés, à moderniser l’agriculture et à attirer les IDE.

Le secteur agricole représente environ un tiers du PIB et emploie près de 70 % de la population active éthiopienne. Garantir la disponibilité des engrais est essentiel pour améliorer la productivité, réduire les pressions inflationnistes sur les prix alimentaires et améliorer les revenus ruraux.

L’accord devrait être suivi de près par les institutions de financement du développement, les partenaires commerciaux régionaux et les investisseurs du secteur agroalimentaire. S’il est exécuté efficacement, le projet pourrait faire passer l’Éthiopie du statut d’importateur d’engrais à celui de pôle régional de production, tout en protégeant son économie des futures fluctuations des prix des matières premières.

Alors que le Premier ministre Abiy prépare le pays à une transformation agro-industrielle, l’usine Dangote pourrait servir à la fois de symbole et de mécanisme de l’ambition de l’Éthiopie de réécrire son récit agricole, de la dépendance à la force nationale.

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