Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé, jeudi 23 avril, la suspension à titre préventif du commissaire national de police, Fannie Masemola, éclaboussé par un vaste scandale de corruption lié à un marché public dans le secteur de la santé.
Cette décision intervient dans le cadre d’une affaire portant sur un contrat estimé à 20 millions de dollars, attribué en 2024 et depuis annulé. Selon les autorités, plusieurs hauts responsables de la police seraient impliqués, notamment le ministre de la Police et l’adjoint du commissaire, tous deux suspendus ou placés en congé.
Le chef de l’État a justifié cette mesure par la gravité des accusations. « Compte tenu de la nature des faits et de l’importance de la fonction, il a été convenu que le général Masemola serait suspendu jusqu’à la conclusion de la procédure », a-t-il déclaré.
Le directeur financier de la police, le lieutenant-général Puleng Dimpane, assurera l’intérim. Le président a salué « sa réputation de professionnalisme et d’intégrité », dans un contexte de crise de confiance au sein des forces de l’ordre.
Au cœur de l’affaire, un appel d’offres portant sur des services de santé, attribué à la société Medicare24, appartenant à l’homme d’affaires Vusimuzi Matlala, surnommé « Cat ». Ce dernier est soupçonné d’entretenir des liens avec le crime organisé. Le commissaire Masemola est accusé d’avoir enfreint les règles encadrant les marchés publics.
Déjà entendu par la justice, il fait face à plusieurs chefs d’accusation liés à la gestion des finances publiques. L’affaire, reportée au 13 mai, doit être jugée conjointement avec 16 autres suspects, dont Matlala. Le commissaire conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés.
Ce scandale intervient dans un climat politique tendu, marqué par une série d’affaires de corruption qui fragilisent la coalition au pouvoir, à l’approche d’échéances électorales locales. L’opposition, notamment l’Alliance démocratique (DA), réclame la mise en place d’une commission d’enquête pour évaluer l’aptitude de Masemola à exercer ses fonctions.
Parallèlement, une commission d’enquête indépendante, dite « Madlanga », mène des audiences publiques très suivies dans le pays, tandis qu’une enquête parlementaire examine d’éventuels liens entre des hauts gradés de la police et des réseaux criminels.
L’affaire s’inscrit dans un contexte plus large de révélations sur des détournements de fonds publics. L’homme d’affaires Matlala avait déjà été cité dans plusieurs dossiers sensibles, dont une tentative d’assassinat en 2023 et un scandale financier portant sur plus de 2,2 milliards de rands.
Ce climat de défiance a été renforcé par l’assassinat en 2021 de la lanceuse d’alerte Babita Deokaran, tuée après avoir dénoncé des irrégularités dans la gestion d’un hôpital public, un drame devenu emblématique de la lutte contre la corruption en Afrique du Sud.
Prudence AGBALETI