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Violences xénophobes en Afrique du Sud : le Ghana saisit l’Union africaine

Face à la recrudescence des violences xénophobes qui vise des ressortissants africains en Afrique du Sud, le gouvernement ghanéen a officiellement interpellé l’Union africaine. Accra réclame une réponse continentale coordonnée, tout en multipliant les démarches diplomatiques pour protéger ses citoyens.

Le Ghana a officiellement porté devant l’Union africaine la question des violences xénophobes visant des ressortissants africains en Afrique du Sud. Dans une lettre adressée, mercredi 6 mai 2026, au président de la Commission de l’UA, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, demande l’inscription de ce dossier à l’ordre du jour de la prochaine réunion de coordination de mi-année de l’organisation panafricaine, prévue du 24 au 27 juin à El Alamein.

Dans ce courrier transmis au siège de la Commission de l’UA à Addis-Abeba, Accra qualifie la situation de « question urgente d’intérêt continental ». Le chef de la diplomatie ghanéenne appelle l’organisation à adopter plusieurs mesures concrètes afin d’endiguer ces violences et de prévenir leur répétition.

Le Ghana souhaite notamment que l’Union africaine renforce les mécanismes de surveillance du respect, par les États membres, des engagements contenus dans l’Acte constitutif de l’organisation ainsi que dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Accra plaide également pour la mise en place d’une mission d’établissement des faits destinée à analyser les causes profondes des violences xénophobes observées en Afrique du Sud.

Le gouvernement ghanéen encourage par ailleurs l’UA à soutenir des initiatives de dialogue et de réconciliation axées sur « la tolérance, l’inclusion et l’unité continentale ».

Une offensive diplomatique sur plusieurs fronts

La saisine de l’Union africaine s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large menée par les autorités ghanéennes. Accra a notamment convoqué le haut-commissaire par intérim de l’Afrique du Sud afin de lui transmettre officiellement ses préoccupations concernant la sécurité des ressortissants ghanéens vivant sur le territoire sud-africain.

Parallèlement, le gouvernement a organisé le rapatriement d’Emmanuel Akowuah Asamoah, un ressortissant ghanéen apparu dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux en lien avec les violences. L’homme est arrivé à Accra le 5 mai, accompagné du haut-commissaire du Ghana à Pretoria, Benjamin Anani Quashie.

Selon Harold Agyeman, directeur de coordination des affaires politiques et économiques au ministère ghanéen des Affaires étrangères, cette opération a été décidée « dès le déclenchement de l’incident » afin de garantir la sécurité du ressortissant et de permettre son retour auprès de sa famille.

À son arrivée, Emmanuel Akowuah Asamoah a salué la rapidité de l’intervention des autorités ghanéennes.

L’appel à l’unité africaine

Dans sa correspondance adressée à l’Union africaine, Samuel Okudzeto Ablakwa invoque également l’héritage politique de Kwame Nkrumah, figure historique du panafricanisme, pour souligner l’importance symbolique et politique de cette démarche.

« Le plein potentiel et l’émancipation de l’Afrique ne peuvent être atteints que lorsque l’Afrique s’unit », écrit-il, estimant qu’aucun Africain ne devrait être « déshumanisé sur le sol africain ».

De son côté, le haut-commissaire ghanéen à Pretoria a indiqué que les autorités sud-africaines avaient pris en considération les préoccupations exprimées par Accra et travaillaient à éviter une nouvelle flambée de violences, même si la situation sécuritaire demeure encore fragile dans certaines zones.

Le haut-commissariat du Ghana en Afrique du Sud continue, en parallèle, de diffuser régulièrement des consignes de vigilance à destination de la communauté ghanéenne établie dans le pays.

La lettre adressée au président de la Commission de l’Union africaine a également été transmise au président du Conseil exécutif de l’UA et ministre burundais des Affaires étrangères, basé à Bujumbura.

Prudence AGBALETI

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