Après dix (10) années à la tête du Bénin, Patrice Talon a adressé jeudi un message d’adieu à la Nation, à quelques heures de la passation de pouvoir avec Romuald Wadagni. Élu dès le premier tour avec plus de 94 % des suffrages, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances doit prêter serment dimanche 24 mai, ouvrant une nouvelle séquence politique dans un climat à la fois marqué par la continuité institutionnelle et les critiques de l’opposition.
Le compte à rebours est lancé pour la transition politique au Bénin. Deux jours avant l’investiture de son successeur, le président sortant Patrice Talon a livré jeudi un ultime message aux Béninois, refermant officiellement une décennie de pouvoir entamée en 2016.
Dans une allocution empreinte de solennité, le chef de l’État a exprimé sa gratitude envers la population, saluant « le chemin exigeant » parcouru au cours de ses deux mandats. « Au moment de quitter la charge, je voudrais vous remercier de tout cœur et vous dire combien je suis fier de vous », a-t-il déclaré, évoquant les réformes engagées, les défis relevés ainsi que les grands chantiers destinés à consolider les institutions du pays.
Homme d’affaires devenu président en 2016, Patrice Talon aura profondément transformé le paysage politique et économique béninois. Son passage au pouvoir a notamment été marqué par d’importants projets d’infrastructures, la modernisation de l’administration publique et une politique économique régulièrement saluée par plusieurs partenaires techniques et financiers internationaux.
Sous sa gouvernance, le Bénin a également renforcé certains indicateurs macroéconomiques et multiplié les investissements dans les secteurs stratégiques. Le pouvoir met en avant une amélioration du climat des affaires, des réformes administratives et une volonté de rationalisation de l’action publique.
Mais le bilan du président sortant reste sujet à controverse. Une partie de l’opposition et plusieurs organisations de la société civile dénoncent un recul du pluralisme politique au cours des dernières années. Les critiques se sont accentuées après l’exclusion du parti Les Démocrates de l’élection présidentielle de 2026, en raison du système de parrainage requis pour les candidatures.
La réforme constitutionnelle adoptée en novembre 2025, instaurant un mandat présidentiel de sept ans, a également nourri les débats dans le pays. Pour ses détracteurs, cette modification institutionnelle symbolise une concentration accrue du pouvoir, tandis que les soutiens du régime y voient une mesure destinée à assurer une meilleure stabilité politique et institutionnelle.
Le 16 avril dernier, la Cour constitutionnelle a validé les résultats définitifs du scrutin présidentiel, confirmant la victoire du ticket Romuald Wadagni – Chabi Talata avec 4.515.449 voix, soit 94,27 % des suffrages valablement exprimés. Le taux de participation officiel s’est établi à 63,57 %.
Dans son message d’adieu, Patrice Talon a adressé ses « vœux de réussite » à son successeur pour « les sept années à venir », estimant que le Bénin poursuivra son ambition de devenir « une grande Nation ».
Romuald Wadagni doit prêter serment dimanche 24 mai. À 49 ans, l’ancien argentier de l’État deviendra le quatrième président béninois depuis le renouveau démocratique de 1990, ouvrant une nouvelle étape politique sous le signe de la continuité avec l’ère Talon.
Prudence AGBALETI