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Tchad : les magistrats portent plainte contre le ministre de la Sécurité publique

Une vive tension oppose désormais les magistrats tchadiens au ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Ali Ahmat Agkhabach. Les bureaux exécutifs du Syndicat des magistrats du Tchad (SMT) et du Syndicat autonome des magistrats du Tchad (SYAMAT) ont officiellement déposé, ce lundi, une plainte conjointe auprès du Procureur général près la Cour d’appel de N’Djaména.

Cette action judiciaire fait suite à des déclarations du ministre prononcées le 24 mai 2025 devant plusieurs maires de la capitale tchadienne, puis largement diffusées sur les réseaux sociaux. Lors de cette intervention, Ali Ahmat Agkhabach avait accusé les magistrats d’être « corrompus » et exhorté les responsables communaux à « déchirer les ordonnances » rendues en matière foncière par les juridictions.

Des propos qui ont immédiatement suscité l’indignation au sein de la magistrature tchadienne. Dans leur plainte, les deux syndicats dénoncent des déclarations jugées « outrancières », estimant qu’elles portent gravement atteinte à l’honneur, à la crédibilité et à l’indépendance de l’institution judiciaire.

Le SMT et le SYAMAT considèrent que les faits reprochés au ministre pourraient relever de plusieurs infractions prévues par le Code pénal tchadien, notamment le discrédit jeté sur des décisions judiciaires, l’outrage envers un corps constitué ainsi que la diffamation à l’encontre des magistrats. Les organisations syndicales évoquent également une atteinte au bon fonctionnement de la justice, en référence aux articles 142, 144 et suivants du Code pénal.

À travers cette procédure, les représentants des magistrats réclament l’ouverture de poursuites judiciaires contre le ministre de la Sécurité publique, invoquant la nécessité de préserver « la dignité, l’autorité et l’indépendance de la justice ». Ils s’appuient également sur les dispositions des articles 527 et 528 du Code de procédure pénale.

Cette affaire intervient dans un contexte sensible où les questions liées à l’indépendance de la justice et aux rapports entre pouvoir exécutif et autorité judiciaire alimentent régulièrement le débat public au Tchad.

Prudence AGBALETI

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