Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a promulgué, mardi 7 juillet, la réforme constitutionnelle prolongeant son mandat de deux ans.
Ce texte, adopté fin juin par le Parlement, fait passer le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Le second mandat du président, qui devait initialement s’achever en 2028, court désormais jusqu’en 2030. La réforme prévoit aussi que le président soit élu par le Parlement, et non plus au suffrage universel direct.
Cette promulgation divise l’opinion publique zimbabwéenne, entre soutien à la stabilité et crainte d’une dérive autoritaire. Des citoyens estiment que la priorité reste la lutte contre les difficultés du quotidien.
« C’est désormais la loi et on ne peut plus rien y changer, mais si on regarde autour de soi, les problèmes les plus importants et les plus fondamentaux ne sont pas pris en charge. Par exemple, le chômage est très élevé et il y a désormais beaucoup de vendeurs ambulants, de rabatteurs, voire de mendiants dans les rues. Et pourtant, alors que nous souffrons ainsi, ils parlent de prolonger le mandat à sept ans ; ils adoptent cette loi uniquement pour servir leurs propres intérêts et nous ne sommes absolument pas d’accord avec cette loi », déclare Allen Isam, au micro d’africanews.
Son compatriote Ernest Karo salue au contraire un texte qui favorise, selon lui, la stabilité au sommet de l’État.
« La nouvelle loi ne nous pose aucun problème ; tout ce dont nous avons besoin, c’est que les dirigeants actuels restent en place et que le président continue à gouverner. »
Les principales figures de l’opposition ont annoncé, mercredi, leur intention de contester ce texte devant la justice. Doug Coltart, avocat spécialisé dans les droits humains, pointe plusieurs zones d’ombre dans la procédure.
« Ce projet de loi n’est plus un simple projet, il fait désormais partie de notre législation, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il soit légal ou qu’il ne puisse pas être contesté. Il peut être contesté, et l’un des nombreux motifs de contestation est que la procédure d’amendement de la Constitution n’a pas été menée dans le respect de la loi », explique-t-il.
L’opposition dénonce une violation de la Constitution et appelle la population zimbabwéenne à manifester pacifiquement. Des avocats préparent parallèlement un recours judiciaire pour contester la constitutionnalité de cette nouvelle loi.
Le texte avait été adopté le 24 juin par le Sénat, par 75 voix contre quatre. L’Assemblée nationale l’avait ensuite approuvé à une large majorité, par 226 voix contre 41 voix opposées.
Prudence AGBALETI