Une frappe de drone a blessé au moins treize personnes jeudi à Mekelle, capitale du Tigré. L’attaque relance les craintes d’un nouveau conflit entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes.
Une frappe de drone a fait au moins 13 blessés jeudi matin à Mekelle, capitale du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie. Cinq (5) enfants figurent parmi les victimes, selon un responsable hospitalier local. L’attaque survient alors que les tensions entre Addis-Abeba et les forces tigréennes s’intensifient depuis plusieurs semaines.
Selon Birhanu Hailemariam, coordinateur des urgences de l’hôpital Ayder, treize blessés ont été admis après la frappe. Trois (3) d’entre eux présentent des blessures graves. Les patients sont âgés de deux (2) à 60 ans, dont cinq (5) enfants et sept femmes.
Le vice-président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), Amanuel Assefa, affirme que le drone a visé une zone résidentielle de Mekelle jeudi matin. Un journaliste de l’AFP présent sur place a recueilli des témoignages confirmant l’attaque auprès des habitants.
Un second tir de drone a également touché le quartier de Kuha, à Mekelle, sans faire de victimes selon des riverains cités par Addis Standard. L’armée fédérale éthiopienne n’a pas réagi dans l’immédiat à ces accusations.
Les tensions s’intensifient
Cette double frappe survient deux jours après une précédente attaque de drone près de Mekelle. Les autorités tigréennes avaient déjà accusé le gouvernement fédéral, sans faire état de victimes à l’époque.
Depuis plusieurs mois, les forces fédérales éthiopiennes et les troupes tigréennes se massent de part et d’autre de la frontière régionale. Chaque camp accuse l’autre de vouloir provoquer une reprise du conflit.
Le chercheur Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l’Oslo New University College, estime que ces frappes pourraient viser des responsables du TPLF plutôt que des civils. Elles traduiraient néanmoins une volonté d’Addis-Abeba de durcir sa position face au mouvement tigréen.
Le spectre d’une nouvelle guerre
Le TPLF a dirigé de facto l’Éthiopie pendant près de trois décennies, avant l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018. Le mouvement conserve une influence considérable au Tigré, où il dispose encore de ses propres forces armées.
Le 1er août, le TPLF a annoncé que des combats avaient opposé ses troupes aux forces fédérales près de la frontière soudanaise. Le 10 août, le mouvement a accusé Addis-Abeba d’avoir frappé des positions tigréennes à Merewa, près de la frontière amhara.
La région reste marquée par la guerre de 2020-2022, qui aurait fait au moins 600 000 morts selon l’Union africaine. Environ un million de personnes y demeurent déplacées, dans un contexte de fortes difficultés économiques.
La multiplication des incidents militaires et des frappes de drones alimente désormais les craintes d’un nouvel embrasement du Tigré, près de quatre ans après la fin officielle du précédent conflit.
Prudence AGBALETI