Un juge tunisien a ordonné samedi le placement en détention du journaliste Mohamed Yousfi, critique virulent du président Kaïs Saïed, quelques heures après son arrestation par la police — une mesure qualifiée par ses détracteurs de tentative de museler les voix dissidentes.
La police a arrêté M. Yousfi alors qu’il s’apprêtait à entrer dans les locaux de la radio Express FM pour participer à une émission, a indiqué Zied Dabbar, président du syndicat des journalistes (SNJT).
Walid Ben Rhouma, animateur sur Express FM qui avait invité Yousfi à participer à son émission, a déclaré que la police l’avait informé que Yousfi serait emmené pour être interrogé, sans en préciser le motif.
Yousfi, qui est également rédacteur en chef du site d’information d’investigation Al-Qatiba, a vivement critiqué les politiques de Saied.
Le juge a ordonné le placement en détention de Yousfi pour des accusations d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, a rapporté l’agence de presse officielle en citant une source judiciaire.
Le SNJT a indiqué que Yousfi avait été interrogé sur son travail journalistique et sur la ligne éditoriale d’Al-Qatiba, établissant un lien entre son arrestation et ses critiques à l’égard des autorités.
Le SNJT a déclaré que l’arrestation de Yousfi constituait non seulement une atteinte à sa personne, mais aussi au droit de tous les journalistes d’exercer leur métier et au droit des Tunisiens à disposer de médias libres et indépendants.
Des organisations de défense des droits humains alertent sur la multiplication des tentatives visant à étouffer les dernières voix indépendantes en Tunisie depuis que Saïed a suspendu le Parlement en 2021 puis l’a dissous en 2022, gouvernant depuis par décret.
Plusieurs figures médiatiques ont été incarcérées cette année, notamment Zied Heni, Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, tandis que Khaoula Boukrim a été condamnée par contumace à quatre ans de prison en juin.
La liberté d’expression avait initialement prospéré à la suite du soulèvement de 2011 qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali et donné naissance au « Printemps arabe ».
Toutefois, les critiques estiment que la concentration des pouvoirs opérée par Saïed en 2021 et les décrets qu’il a promulgués depuis lors ont démantelé les garde-fous démocratiques et permis aux autorités de poursuivre de nombreux journalistes.