Le Parlement nigérian a annoncé, vendredi 11 septembre, la suspension de tous ses échanges avec les institutions législatives sud-africaines. Cette décision intervient alors qu’au moins 98 Nigérians sont morts depuis 2022 dans des violences xénophobes en Afrique du Sud.
L’Assemblée nationale du Nigeria a annoncé, vendredi 11 septembre 2026, la suspension jusqu’à nouvel ordre de tous les déplacements officiels de ses parlementaires en Afrique du Sud. La mesure couvre aussi sa participation à toute activité organisée par les institutions législatives sud-africaines, y compris en visioconférence.
Cette décision a été prise conjointement par les dirigeants des deux chambres. Le président du Sénat, Godswill Akpabio, et le président de la Chambre des représentants, Abbas Tajudeen, en sont à l’origine. Elle s’applique à l’ensemble des sénateurs, députés, commissions parlementaires et personnels de l’Assemblée nationale.
La suspension couvre les conférences, séminaires, ateliers et programmes d’échanges organisés par le Parlement sud-africain. Le porte-parole de la Chambre des représentants, Akin Rotimi, a qualifié cette mesure de « forte expression de préoccupation ». Il a évoqué la sécurité, la dignité et le bien-être des Nigérians vivant légalement en Afrique du Sud.
Selon le ministre nigérian d’État aux Affaires étrangères, 98 Nigérians sont morts depuis 2022 dans des violences collectives ou des actes de haine visant les migrants en Afrique du Sud. Dans un communiqué, les dirigeants du Parlement évoquent aussi des ressortissants blessés, déplacés de force, ou contraints d’abandonner leurs commerces et leurs logements.
Cette décision ne sort pas de nulle part. Dès juin 2026, le Nigeria avait entamé l’évacuation de certains de ses citoyens présents en Afrique du Sud. Un premier groupe de 258 personnes avait été rapatrié à Lagos le 11 juin. Début juillet, le nombre total de Nigérians évacués avait déjà atteint environ mille personnes. En septembre, ce chiffre est monté à 1 699 ressortissants rapatriés ou évacués, selon les autorités d’Abuja.
Le Nigeria n’est pas le seul pays concerné par ce type d’opération. Le Ghana a lui aussi procédé au rapatriement de 1 964 de ses ressortissants. Cette opération avait été lancée dès le mois de mai, sur fond des mêmes violences xénophobes.
Cette suspension parlementaire s’inscrit dans une pression diplomatique plus large. Elle intervient quelques semaines après une visite à Abuja du ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, qui avait affirmé que son pays condamnait « toutes les formes de xénophobie ». Le président Bola Tinubu a par ailleurs porté la question devant l’Union africaine, appelant à l’inscrire à l’ordre du jour de son 40e sommet, prévu en janvier 2027.
L’Assemblée nationale a toutefois précisé que ce boycott ne concerne pas les visites et réunions gouvernementales entre les deux pays. Elle réaffirme son attachement à la coopération parlementaire, à condition qu’elle repose sur le respect mutuel et la protection des ressortissants des deux pays.
Prudence AGBALETI