Le Programme alimentaire mondial alerte sur le risque d’un « Super El Niño » au Soudan du Sud. Ce phénomène climatique menace d’aggraver une crise alimentaire qui touche déjà 7,8 millions de personnes dans le pays.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur le risque d’aggravation de la crise alimentaire au Soudan du Sud. Selon l’agence onusienne, 7,8 millions de personnes sont déjà confrontées à des difficultés pour se nourrir. Ce chiffre représente 56 % de la population du pays, l’un des niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés au monde.
Le PAM redoute les conséquences d’un phénomène climatique qualifié de « Super El Niño ». Il pourrait provoquer des précipitations inférieures à la moyenne et une forte hausse des températures. La menace concerne le Soudan du Sud, mais aussi plusieurs pays voisins, dont le Soudan, l’Éthiopie, l’Érythrée, l’Ouganda et le Kenya.
« Cela va avoir un impact encore plus important sur la sécurité alimentaire dans toute la région », a averti Matthew Hollingworth, directeur exécutif adjoint chargé des opérations au PAM. Il s’exprimait après une récente mission au Soudan du Sud.
À Canal Pigi, dans l’État de Jonglei, le responsable du PAM a constaté les effets conjugués des inondations et de la sécheresse. Sept ans après les premières grandes crues, certaines terres agricoles restent sous les eaux. Les superficies encore cultivables subissent désormais les effets du manque de pluie. « Des communautés qui, autrefois, pouvaient produire leur propre nourriture, ne peuvent plus rien cultiver », a-t-il expliqué. Cette combinaison réduit les récoltes et prive de nombreuses familles de leurs moyens de subsistance.
La situation nutritionnelle reste également préoccupante. Selon le PAM, 2,2 millions d’enfants et 1,2 million de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d’une assistance nutritionnelle d’urgence. La FAO, le PAM et l’UNICEF alertent conjointement sur un risque réel de famine dans quatre comtés des États du Haut-Nil et de Jonglei.
La guerre au Soudan voisin accentue par ailleurs la pression sur les ressources disponibles. Environ 3 000 réfugiés et rapatriés arrivent chaque semaine au Soudan du Sud, à la recherche de sécurité, de nourriture, d’eau et d’abris.
L’acheminement de l’aide humanitaire est lui aussi devenu plus difficile et coûteux. L’insécurité et des prélèvements illégaux imposés sur certains axes de transport perturbent l’approvisionnement dans plusieurs zones et renchérissent le prix des denrées.
À cette situation s’ajoute une importante crise de financement. Le PAM indique avoir besoin de 86 millions de dollars supplémentaires pour ses opérations actuelles. L’agence estime à 416 millions de dollars ses besoins pour les six prochains mois.
Sans nouveaux financements, plus d’un million de personnes pourraient perdre dès octobre l’accès à une assistance alimentaire et nutritionnelle essentielle. Le risque est particulièrement élevé dans l’État de Jonglei, où plusieurs localités sont déjà menacées par la famine.
Prudence AGBALETI