Les États-Unis ont restitué à la Gambie 2,5 millions de dollars issus de la vente d’une propriété de l’ancien président Yahya Jammeh. Sur les 1 009 victimes reconnues par la Commission vérité, seules 112 avaient reçu l’intégralité de leur indemnisation début septembre.
L’ambassade des États-Unis à Banjul et les autorités gambiennes ont signé, le 18 septembre 2026, un accord de restitution de 2,5 millions de dollars. Cette somme provient de la vente d’une propriété de l’ancien président Yahya Jammeh, située à Potomac, dans le Maryland. L’accord a été paraphé par le ministre gambien des Finances, Seedy Keita, et le chargé d’affaires de l’ambassade américaine, Robert Anderson.
Cette résidence, acquise en 2010 par Yahya Jammeh et son épouse Zineb Jammeh, avait été identifiée comme un fruit de la corruption par une enquête gambienne. Sa valeur d’acquisition était estimée à environ 3,5 millions de dollars.
Selon la justice américaine, Yahya Jammeh avait détourné des fonds publics et sollicité des pots-de-vin auprès d’entreprises souhaitant obtenir des positions monopolistiques dans plusieurs secteurs de l’économie gambienne. Des sociétés-écrans auraient servi à dissimuler une partie de ces capitaux.
Une enquête ouverte vers 2020 a débouché sur la confiscation de la résidence par un tribunal fédéral du Maryland, en mai 2022. Le bien a ensuite été vendu 2,5 millions de dollars, soit un montant inférieur à son prix d’achat initial. Le dossier aura mis six ans à produire son effet concret.
Les fonds restitués doivent alimenter le fonds de réparations logé à la Banque centrale de Gambie. Ce mécanisme finance l’indemnisation des victimes de violations des droits humains commises durant les 22 années de règne de Yahya Jammeh, entre 1994 et 2017. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la loi gambienne sur les réparations des victimes, adoptée en 2023.
À la suite des travaux de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), un fonds destiné aux victimes avait été créé en 2019. La commission avait organisé, entre janvier 2019 et avril 2020, des audiences publiques consacrées aux violations commises sous le régime Jammeh. Elle avait ensuite recommandé des poursuites pour torture, exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires et violences sexuelles.
Le ministre gambien de la Justice, Dawda Jallow, a indiqué devant l’Assemblée nationale que la TRRC avait retenu 1 009 victimes éligibles à une compensation. Au 7 septembre 2026, seules 112 victimes ou familles avaient reçu la totalité des montants qui leur étaient dus.
Chassé du pouvoir en janvier 2017, après avoir d’abord refusé de reconnaître sa défaite électorale, Yahya Jammeh vit depuis en exil en Guinée équatoriale. La récupération de ses avoirs à l’étranger constitue l’un des rares volets concrets du processus de réparation engagé par Banjul.
Prudence AGBALETI