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Burkina Faso : Raffinor-BF, l’or ne sortira plus brut du pays

Le Burkina Faso a inauguré, lundi 28 septembre, sa première raffinerie d’or, baptisée Raffinor-BF. Le gouvernement militaire entend transformer davantage les richesses minières du pays et renforcer son contrôle sur l’une de ses industries les plus stratégiques.

Le Burkina Faso a inauguré, lundi 28 septembre 2026 à Ouagadougou, sa première raffinerie nationale d’or, baptisée Raffinor-BF. Le président Ibrahim Traoré a déclaré que cette mesure s’inscrivait dans un effort plus large visant à mettre fin à la dépendance du pays à l’égard de l’exportation de matières premières destinées à être transformées à l’étranger. « Notre ambition n’est plus d’être juste un pays qui extrait et qui amène sa matière première dehors », a-t-il affirmé lors de l’inauguration.

Implantée sur un site de cinq hectares à Ouaga 2000, l’usine comprend un laboratoire d’analyse, une fonderie, un espace de stockage et un atelier de bijouterie. Un bâtiment administratif doit aussi accueillir le siège de la Société nationale des substances précieuses (Sonasp). La construction avait démarré le 23 novembre 2023, avec la pose de la première pierre par Ibrahim Traoré.

Le Burkina Faso est l’un des plus grands producteurs d’or d’Afrique, mais les autorités ont eu du mal à réglementer le secteur minier informel, touché par la violence jihadiste. Le gouvernement espère que cette nouvelle installation permettra de transformer ce pays enclavé en un centre régional de raffinage de l’or. Les entreprises minières étrangères sont désormais tenues de céder à l’État une participation de 15 % dans leurs opérations et de former les travailleurs locaux.

Le Conseil mondial de l’or a indiqué que la production avait augmenté de 17 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2026. Mais les gouvernements successifs ont eu du mal à réglementer le vaste secteur minier artisanal, où la contrebande a rendu difficile la comptabilisation de tout l’or produit. Le gouvernement affirme qu’une partie de l’or faisant l’objet d’un commerce illégal contribue à financer l’insurrection islamiste qui touche une grande partie du pays.

D’un coût de plus de 11 milliards de francs CFA, la raffinerie peut traiter jusqu’à 400 kilogrammes d’or par jour, pour une capacité annuelle initiale de 164 à 167 tonnes. Le projet a été financé par l’État, en partenariat avec le secteur privé burkinabè. L’or produit atteindra une pureté de 99,99 %, conforme à la norme internationale. Le gouvernement affirme que sa capacité finale pourrait atteindre 515 tonnes par an, ce qui laisse entendre qu’il souhaite aussi traiter de l’or provenant d’autres pays de la région.

« Aujourd’hui, nous reprenons les clés de notre propre maison », a déclaré le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, s’exprimant au nom du chef de l’État lors de la cérémonie. « Notre or ne servira plus à créer de la valeur ajoutée pour les autres tant que notre peuple restera dans le besoin », a-t-il ajouté. Le ministère des Mines a résumé l’ambition du projet en une formule : « L’or du Burkina se raffine au Burkina. »

Cette raffinerie est le dernier élément en date de la stratégie du capitaine Traoré visant à accroître le contrôle de l’État sur les ressources naturelles et à réduire sa dépendance économique vis-à-vis des entreprises étrangères. Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’État le 30 septembre 2022, ce capitaine de l’armée a promu un programme économique nationaliste. Son gouvernement a accru l’implication de l’État dans le secteur minier et suspendu, dès 2024, les exportations d’or produit par les mines artisanales et semi-mécanisées.

Cette raffinerie s’inscrit dans une campagne gouvernementale plus vaste de transformation locale des matières premières, aux côtés d’investissements dans le coton, le textile et l’agroalimentaire. Sa politique a coïncidé avec des cours internationaux de l’or historiquement élevés et une production mondiale record, estimée à 3 672 tonnes en 2025, selon le Conseil mondial de l’or.

Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest cherchent également à transformer une plus grande partie de leur or sur place. Le Burkina Faso rejoint ainsi le Ghana, qui dispose déjà de sa propre raffinerie, et le Mali, qui possède une infrastructure existante tout en développant un nouveau projet avec l’aide d’une entreprise russe. La Côte d’Ivoire prévoit, elle, d’ouvrir une raffinerie l’année prochaine.

Prudence AGBALETI

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