Aliko Dangote a détaillé les difficultés rencontrées lors de sa première tentative d’implantation industrielle au Kenya. Treize ans plus tard, le milliardaire nigérian revient avec une raffinerie de 16 milliards de dollars.
Aliko Dangote a révélé les circonstances qui avaient conduit son groupe à abandonner un projet cimentier au Kenya. Dans un entretien accordé au Daily Nation le 29 septembre, l’industriel nigérian a évoqué une demande présumée de pot-de-vin.
Selon son récit, un responsable kényan non identifié aurait demandé une commission pour faciliter l’implantation du groupe. Dangote affirme avoir refusé cette demande et décidé finalement de suspendre son projet d’investissement dans le pays.
Une tentative industrielle abandonnée sous Uhuru Kenyatta
Le projet cimentier avait été envisagé au Kenya autour de 2013, sous la présidence d’Uhuru Kenyatta. À cette époque, William Ruto occupait la fonction de vice-président et aurait facilité une rencontre avec le président.
Dangote affirme que Ruto l’avait personnellement accompagné auprès de Kenyatta pour exposer les difficultés rencontrées. L’homme d’affaires dit avoir expliqué directement au chef de l’État les obstacles rencontrés par son groupe.
Le responsable accusé d’avoir sollicité le paiement n’a cependant jamais été identifié publiquement par Dangote. Aucun montant précis n’a également été communiqué concernant la somme qui aurait été réclamée au groupe.
Ces éléments restent donc fondés sur le témoignage de Dangote et ne constituent pas une condamnation judiciaire.
Dangote refuse de payer pour investir
L’industriel nigérian affirme avoir refusé toute transaction susceptible de constituer un paiement illicite aux autorités. Il estime qu’un investissement destiné à créer des emplois ne devrait pas nécessiter le versement d’une commission occulte.
Dangote a également invoqué les obligations liées au statut de société cotée de son groupe. Selon lui, un éventuel versement aurait pu exposer l’entreprise et ses dirigeants à des conséquences judiciaires.
« Je ne veux pas aller en prison », a-t-il notamment déclaré lors de son entretien avec le Daily Nation.
Le milliardaire explique ainsi que cette expérience avait contribué à interrompre sa première tentative d’entrée sur le marché kényan.
Une nouvelle implantation, treize ans plus tard
Le retour de Dangote au Kenya intervient aujourd’hui avec un projet industriel d’une tout autre dimension. Le 30 septembre 2026, il a officiellement lancé les travaux de sa future raffinerie dans le comté côtier de Lamu.
L’investissement est évalué à environ 16 milliards de dollars, pour une capacité annoncée de 700 000 barils quotidiens. La construction devrait durer environ quarante mois, avec une mise en service envisagée autour de 2030.
La future installation doit produire notamment des carburants destinés au Kenya et aux autres marchés d’Afrique orientale. Dangote présente ce projet comme une contribution à la transformation locale des ressources naturelles du continent.
Le groupe entend ainsi réduire la dépendance régionale envers les importations de produits pétroliers raffinés.
Un projet déjà confronté à des contestations
Malgré son lancement officiel, la raffinerie fait déjà face à plusieurs difficultés sur le terrain. Des habitants contestent notamment les conditions foncières liées au site retenu pour accueillir les infrastructures industrielles.
Une procédure judiciaire a conduit les autorités à maintenir temporairement le statu quo sur certaines activités liées au terrain. Le projet suscite également des préoccupations environnementales, notamment en raison de sa proximité avec l’écosystème côtier. Dangote affirme néanmoins que ces procédures ne remettent pas en cause sa volonté de poursuivre l’investissement.
Le contraste reste important entre l’échec de son projet cimentier et l’ampleur de son implantation actuelle. Treize ans après sa première tentative, le groupe nigérian mise désormais sur un projet énergétique majeur.
Son retour au Kenya s’effectue toutefois dans un contexte différent, avec de nouveaux enjeux économiques, fonciers et environnementaux.
Prudence AGBALETI