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Libye : la grève des enseignants, un bras de fer qui s’enlise

En Libye, la rentrée scolaire de 1,6 million d’élèves a été reportée par une grève des enseignants qui dure depuis trois semaines. Le mouvement, né de simples sit-in le 13 septembre, s’est transformé en grève générale illimitée à Tripoli comme à Benghazi.

En Libye, la rentrée, prévue le 13 septembre pour quelque 1,6 million d’élèves du public, a été reportée. Ce jour-là, les enseignants avaient entamé des sit-in devant les écoles et les bâtiments publics de Tripoli. Trois semaines plus tard, le mouvement a été étendu à une grève générale illimitée.

À Tripoli, des enseignants se sont de nouveau rassemblés devant le siège du gouvernement. « Nous sommes passés des sit-in à la grève générale. Nous ne reprendrons pas les cours tant que nos revendications n’auront pas été satisfaites », a déclaré Ali Abdallah, enseignant, à l’AFP. Mustafa Al-Bahilil, à la tête du syndicat des enseignants d’Aïn Zara, dans la banlieue sud de la capitale, a résumé la détermination du mouvement : « Ce ne sont pas des demandes, mais des droits — et les droits doivent être revendiqués. »

De nombreux enseignants doivent occuper un second emploi pour subvenir à leurs besoins, en raison de la faiblesse de leurs salaires, a expliqué Hamza al-Firjani, enseignant à Tripoli. Le mouvement s’est également étendu à Benghazi et à l’est du pays. Selon Mohammed Al-Jahawi, chef du syndicat des enseignants de Benghazi, la grève est portée par la flambée des prix alimentaires, qui prive de nombreux enseignants des moyens de couvrir leurs besoins les plus élémentaires.

Selon le syndicat général des enseignants libyens, les salaires mensuels du secteur public se situent entre 1 000 et 2 500 dinars libyens, soit environ 155 à 390 dollars. Les enseignants réclament une rémunération alignée sur celle d’autres catégories de fonctionnaires, le paiement d’arriérés de salaire, ainsi qu’une assurance maladie, revendiquée depuis plusieurs années. Selon le porte-parole syndical Achraf Abou Raoui, le mouvement dépasse désormais la seule question des augmentations salariales et exige des engagements officiels concrets avant toute reprise des cours.

Le syndicat affirme que la mobilisation concerne près d’un demi-million d’enseignants et de personnels administratifs, suivie par la quasi-totalité des enseignants du public. Les établissements privés ne participent pas au mouvement.

Le ministère de l’Éducation de Tripoli a tenu plusieurs réunions consacrées aux revendications, notamment sur l’assurance maladie, mais n’a pas encore apporté de réponse publique sur la question salariale. Il a annoncé une modification du calendrier scolaire, avec la suppression de certaines vacances, afin de rattraper les cours perdus.

À Benghazi, Salah Awad, 47 ans et père de trois élèves, dit espérer que les besoins des enseignants seront entendus, tout en craignant que la grève ne pénalise d’abord les élèves. Cette mobilisation intervient dans une Libye toujours divisée entre administrations rivales à l’ouest et à l’est, plus de quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi.

Prudence AGBALETI

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